Histoires de quartier… La rue Neuve-Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 8 – L’école communale, d’un siècle à l’autre (2ème partie)

 

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Écolier en 1912 (agence Rol, Gallica )

L’école primaire de garçons

Dès l’origine du projet de création d’une salle d’asile passage Saint-Pierre en 1843, les autorités y avaient associé l’ouverture d’une nouvelle école primaire de garçons. Les deux établissements devaient se partager le nouveau bâtiment scolaire et en décembre 1845, le préfet Rambuteau se félicitait devant le Conseil municipal de Paris de l’achèvement des travaux[1].

Si nous sommes bien documentés sur le rez-de-chaussée où étaient situés les salles et les espaces réservés aux petits enfants fréquentant la salle d’asile , nous ne pouvons qu’imaginer l’aménagement de l’étage où était installée l’école de garçons. Comme le montre le plan, elle disposait sur le passage Saint-Pierre d’une entrée indépendante qui permettait d’accéder aux salles de classe par un escalier. Les fenêtres s’ouvraient sur les cours de récréation qui encadraient de chaque côté le bâtiment. Si celle placée à gauche était dévolue aux enfants de la salle d’asile, les garçons de l’école pouvaient profiter du « préau découvert » placé à droite. D’une superficie légèrement plus petite que la première, elle était protégée de la rue par des constructions légères qui abritaient les commodités. Des arbres apportaient ombrage et verdure.

Enseignement mutuel et enseignement simultané

Lors de la démolition de l’école en 1923, on découvrit « sous l’entablement du toit une inscription en lettres d’or […] ainsi conçue : ÉCOLE PRIMAIRE DE JEUNES GARÇONS TENUE PAR LES FRÈRES. ENSEIGNEMENT SIMULTANÉ »[2]. Dans l’histoire de l’éducation et de ses méthodes, l’enseignement simultané s’opposait à l’enseignement mutuel. Ce dernier, appliqué progressivement dans les écoles depuis le début de la Restauration, était fondé sur le principe selon lequel « une école tout entière peut s’instruire elle-même sous la surveillance d’un seul maître ». Un de ses théoriciens, Joseph Hamel, le faisait consister « dans la réciprocité de l’enseignement entre les écoliers, le plus capable servant de maître à celui qui l’est le moins » [3]. Car pour faire face à un grand nombre d’élèves de tout âge et de tout niveau dont il ne pouvait s’occuper individuellement, le maitre s’appuyait sur les meilleurs d’entre eux en en faisant ses assistants. Rassemblés dans une seule salle, « long et vaste vaisseau qui contenait une école entière », plusieurs centaines d’enfants exécutaient en petits groupes leurs exercices sous des formes réglées sous la direction des assistants ou moniteurs organisés de façon hiérarchique par le maître, placé lui-même au sommet de cette pyramide. Cette dilution de l’autorité du maître, qui plus est entre les mains de moniteurs enfants plus ou moins aisément contrôlés par lui, qui s’arrangeaient entre eux et promouvaient de fait une certaine autonomie, fut la critique majeure énoncée contre l’enseignement mutuel, « l’enseignement étant un art en même temps qu’une science » dont seul le maître est réellement détenteur [4].

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Scène de l’école mutuelle : des moniteurs debout sur leur estrade, face à un rang d’élèves, sont surveillés par un maître assis à son bureau. Jean-Henri Marlet, Charles Philibert de Lasteyrie, Tableaux de Paris (vers 1820).

Dès les années 1830, jugé trop libéral et en contradiction avec l’engagement grandissant de l’État dans une organisation de l’enseignement qui prônait un contrôle renforcé des maîtres et valorisait l’ordre moral et l’autorité, le modèle de l’enseignement mutuel fut progressivement abandonné au bénéfice de l’enseignement simultané. Dans ce mode d’organisation, les enfants étaient partagés en classes de niveau homogène où, en nombre plus restreint, ils pouvaient tous ensemble et directement recevoir la leçon de la bouche du maître. La tâche des enseignants était « facilitée par une division en classes répondant aux conditions d’âge, d’intelligence, de travail et de progrès des enfants »[5]. Avant de s’imposer dans les écoles laïques, l’enseignement simultané caractérisa les écoles congréganistes qui bénéficiait de la facilité de recrutement des maîtres parmi les frères, et à moindre coût, et où autorité et contrôle moral ne pouvaient bien évidemment être partagés ou délégués à des enfants.

De l’école congréganiste à l’école communale

A son ouverture, l’école primaire de garçons du passage Saint-Pierre fut placée sous l’autorité des frères d’une congrégation, peut-être ceux de la Doctrine de la foi chrétienne. Se prévalant de l’enseignement simultané, elle fut donc constituée de plusieurs classes, mais nous ignorons combien et pour quel nombre d’élèves. La création de l’école avait été « vivement réclamée dans le quartier du Marais » où n’existaient jusqu’alors que l’ « école mutuelle de filles de la rue Vieille-du-Temple, et une école simultanée de garçons, impasse des Hospitalières »[6]. En 1853, le nombre d’écoles à Paris étaient de 128, dont 66 laïques et 62 congréganistes, chaque catégorie recevant environ 29 000 enfants[7]. Avec une population scolaire estimée à plus de 105 000 enfants parisiens âgés de 6 à 14 ans [8], on voit que l’effort pour le développement de l’enseignement restait encore à faire.

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L’école dans le passage (indiquée par la flèche). Au fond, l’entrée du passage voûté. (Paris, Bibliothèques spécialisées)

On ne sait rien de la vie de l’école primaire du passage Saint-Pierre durant sa période congréganiste, jusqu’en 1879. Cette année-là, la victoire du parti républicain lors des élections sénatoriales de janvier et la démission de Mac Mahon puis son remplacement par Jules Grévy à la présidence de la République renforcèrent la position du mouvement laïc. En mai, le Préfet de la Seine annonçait au Conseil municipal de Paris la « transformation en écoles laïques des trois écoles congréganistes de la rue Poulletier, du passage Saint-Pierre et de la rue Montgolfier ». La décision de l’administration ayant été dénoncée en chaire comme « téméraire et violente », le Préfet se prévalut de la loi et des instructions du ministre qui l’autorisaient à convertir les écoles congréganistes en écoles laïques. Mais s’agissant de ces écoles, de graves accusations énoncées dans des rapports justifiaient, aux dires du Préfet, la décision. Rue Poulletier, un frère s’était rendu coupable de sévices sur un élève âgé de six ans et demi et fut couvert par son supérieur qui avait cherché à étouffer l’affaire. Rue Montgolfier, c’est un autre frère, employé en dépit de son jeune âge et de son absence de titre officiel, qui avait été arrêté pour attentat à la pudeur. Quant à l’école du passage Saint-Pierre, les motifs de sa laïcisation étaient à chercher dans des malversations financières. Durant plus de sept mois, le cours obligatoire de dessin n’avait pas eu lieu, mais l’Institut des frères avait continué à toucher le traitement du professeur spécial de dessin absent. Les frères parlèrent de malentendu, le cours ayant été assuré par les instituteurs ordinaires[9]. Quoiqu’il en soit, réalité ou mauvais prétextes, des incidents comme ceux-ci aboutirent progressivement à la laïcisation des écoles parisiennes jusqu’alors confiées par l’administration à la responsabilité des Congrégations. Au moment de sa conversion en école laïque le 9 juin 1879, l’école primaire de garçons du passage Saint-Pierre comptait 6 maîtres, 6 classes et 260 élèves[10].

L’agrandissement de l’école

L’école devenue communale bénéficia en 1883 du déménagement de la salle d’asile, devenue école maternelle, vers des locaux nouvellement construits rue du Fauconnier. Ce départ libérait tout le rez-de-chaussée et la Ville de Paris confia alors à l’architecte Louis-Ernest Lheureux[11] les travaux d’agrandissement de l’école primaire. Un budget initial de 52 500 francs fut alloué à cet effet[12]. Nous ignorons l’ampleur des modifications apportées au bâtiment construit quarante ans plus tôt. Les grandes salles du rez-de-chaussée furent sans doute divisées en salles de classe. Mais nous apprenons par ailleurs[13] que depuis 1878, les directrices de la salle d’asile, Madame Jolly, puis Mademoiselle Genty, et ensuite Leroux, le premier directeur de l’école de garçons après sa laïcisation en 1880, occupèrent un logement de fonction dans un bâtiment situé « à gauche dans la cour du fond ». Ce bâtiment fut démoli en 1884 à l’occasion des travaux[14]. Cela nous incite à penser que le logement de fonction initialement destiné à la directrice de la salle d’asile, placé en façade du bâtiment principal de l’école et décrit sur le plan d’architecte de 1843, fut abandonné soit pour être affecté à d’autres usages, soit pour d’autres raisons liées à son état.

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L’école communale après les années 1860, dans son environnement du passage Saint-Pierre (Archives de Paris, plans parcellaires)

Cette même source d’informations cadastrales nous permet de supposer que dans le cadre de ces travaux fut aménagé un nouveau logement de fonction pour le directeur. Placé au « 2e étage », sans doute occupait-il une partie des combles du bâtiment et se composait d’une salle à manger, d’une chambre à coucher, de trois pièces avec cheminée, d’un cabinet sans fenêtre, d’une cuisine et d’un lieu d’aisance.

S’il est difficile de déterminer combien d’élèves comptait l’école devenue communale, on sait qu’elle eut dans ses murs jusqu’à sept classes[15]. M. Leroux, son premier directeur depuis 1880 le resta jusqu’en 1901 et partit décoré des palmes académiques. Ses successeurs furent messieurs Jennepin, de 1902 à 1908, puis Gaussin, de 1909 à 1912[16]. Parmi le personnel enseignant de l’école, notons aussi, glanés au fil des arrêtés de nomination, les noms d’Emile-Adrien Aubry, suppléant chargé de classe qui quitta l’école pour une autre du 2e arrondissement à la rentrée de 1882 et qui fut remplacé par Joseph Boyer, venu du 15e arrondissement. Et aussi, dans cette école de garçons, Léontine-Palmyre Lévy, suppléante à traitement fixe pourvue du brevet élémentaire, nommée suppléante chargée de classe en remplacement de Mme Bonnard, en congés[17].

L’école et la ville

Établissement scolaire, l’école du passage Saint-Pierre fut aussi un centre d’éducation ouvert sur le reste de la société. En 1848 notamment, le gouvernement provisoire de la République, désireux de satisfaire la « dette de la République envers le peuple » dans le partage des « jouissances les plus délicates de l’intelligence et du goût » et des « nobles plaisirs de l’esprit » décidait, outre l’ouverture de bibliothèques populaires, l’organisation de séances de lecture publique, où « des lecteurs, choisis parmi les gens de lettres et les professeurs les plus distingués de l’Université [initieraient] leur auditoire à la connaissance des chefs-d’œuvre de notre littérature nationale ». L’école du passage Saint-Pierre fut, pour quelques temps, l’une de celles choisies « au sein des quartiers les plus populeux de Paris » pour accueillir ces « lectures du soir », d’une durée d’une heure et programmées deux fois par semaine[18].

Sous la République suivante, en 1881, on s’inquiétait de l’éducation des « enfants employés dans l’industrie » qui ne pouvaient suivre une scolarité normale. Des écoles dites « de mi-temps » furent créées et parmi la soixantaine de classes spéciales ouvertes à Paris, les enfants-travailleurs du quartier, des garçons, pouvaient venir suivre des cours dans l’école du passage Saint-Pierre chaque jour de quatre heures à sept heures du soir[19].

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Le Rappel, 20 avril 1890.

Lieu d’éducation, l’école du passage fut aussi lieu de sociabilité politique. A partir des années 1880, on trouve dans la presse de nombreuses annonces de réunions publiques organisées dans ses murs par des partis politiques ou des candidats à des élections. Ainsi avant les élections municipales du 27 avril 1890, se succédèrent dans la « salle du préau » de l’école le meeting du Comité républicain socialiste, celui du Comité républicain radical et celui du Parti ouvrier[20]. Le lieu pouvait parfois être trop étroit pour accueillir une foule nombreuse, et Ménorval , candidat boulangiste et notable du quartier, se vantait après une réunion publique tenue en janvier 1889 « des mille électeurs qui se pressaient dans la salle, et de la foule amassée dans le passage, dans la rue Saint-Paul et la rue Saint-Antoine »[21]. Pendant naturel de cette activité politique, l’école faisait également fonction de bureau de vote, et cela dès le Second Empire[22].

Une école en danger

Quels que furent les travaux entrepris en 1883, ils ne firent que retarder la dégradation d’un bâtiment peut-être à l’origine trop rapidement bâti. Construite sur terre-plein pour les trois-quarts de sa superficie et sur caves pour le reste[23], l’école, comme l’ensemble des maisons et des bâtiments voisins, ne bénéficiait pas du tout-à-l’égout et souffrait de l’humidité qui régnait dans le passage enserré où l’essentiel des eaux usées s’évacuaient par des caniveaux vers les rues Saint-Antoine et Saint-Paul. M. Reinhardt, propriétaire du 32 rue Saint-Paul, maison où s’ouvrait le passage, demandait et obtenait de l’administration en 1887 des dédommagements pour les dégradations causées « à son immeuble par l’écoulement indu des eaux des urinoirs de l’école »[24]. En 1894, un conseiller municipal réclamait que la cour en gravier de l’école qui se transformait à la moindre pluie en « véritable cloaque » soit bitumée[25]. Son sol avait pourtant été remis en état et ses bordures refaites en 1886[26]. En 1903, Henri Galli, autre conseiller municipal du quartier, dénonçait les « conditions d’hygiène déplorables » de la 1ère classe de l’école, installée sous les combles[27] ; une 7e classe fut pourtant ouverte en juillet de la même année. En 1910, il signalait que l’ « appartement du directeur, par suite d’infiltrations, était, tout cet hiver, humide et suintant, à peu près inhabitable »[28]. On se rappelle aussi que l’école est mitoyenne du lavoir Saint-Paul, et que ce voisinage accentuait encore l’insalubrité des lieux.

Pour Henri Galli et les autres conseillers municipaux du quartier de l’Arsenal, l’école primaire de garçons du passage Saint Pierre et ses bâtiments « en très mauvais état » où régnaient « des conditions d’hygiène déplorables » ayant à plusieurs reprises entraîné sa fermeture « à la suite d’épidémie fréquentes »[29] nécessitait une reconstruction totale. Mais au-delà de l’école, c’était la reconstruction de l’ensemble du passage Saint-Pierre lui-même qui s’imposait désormais et qu’ils appelaient de leurs vœux.

(A suivre)

______________________________________________________________

[1] Recueil des actes administratifs de la Préfecture du département de la Seine, 1845, n° 16, p. 267, et Gazette nationale ou Moniteur universel, 25 décembre 1845.

[2] Bulletin municipal officiel de la Ville de la Ville de Paris, 13 mars 1824.

[3] Octave Gréard, Education et instruction : enseignement primaire. 4e édition, Paris, Hachette, 1904, p. 35-36 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5580076j

[4] Octave Gréard, op. cit., p. 52

[5] Octave Gréard, op. cit., p. 62

[6] Le Constitutionnel, 24 avril 1852.

[7] Journal des Débats, 22 juillet 1853.

[8] Octave Gréard, op. cit., p. 362.

[9] La Lanterne, 19 mai 1879, Le Temps, 20 mai 1879, La Semaine religieuse du Diocèse de Rouen, 24 mai 1879.

[10] Le Rappel, 14 août 1879.

[11] Né en 1827, mort en 1898, Louis-Ernest Lheureux est connu comme l’architecte de l’ancien collège Sainte-Barbe et d’un drôle de projet heureusement avorté de pyramide pour le Louvre en 1889

[12] Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 8 décembre 1883.

[13] Archives de Paris, D1P4 1055 Calepin des propriétés bâties passage Saint-Pierre.

[14] Ce logement comprenait un rez-de-chaussée composé d’une cuisine, d’un office et d’une salle à manger, et un 1er étage de 3 pièces « à feu », un cabinet et un lieu d’aisance (Arch. de Paris, D1P4 1055)

[15] Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 31 juillet 1903.

[16] Annuaire-almanach du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration…, Paris, Firmin Didot et Bottin réunis, années correspondantes.

[17] Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 16 octobre et 1er novembre 1882.

[18] Recueil des actes du Gouvernement provisoire (févr.-mai 1848), … par Emile Carey, Paris A. Durand, 1848, p. 483-484

[19] Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 25 novembre 1882.

[20] La Lanterne, 20 janvier 1890, Le Rappel, 20 avril 1890, Le Radical, 24 avril 1890.

[21] La Presse, 22 janvier 1889.

[22] Comme pour le plébiscite du 8 mai 1870. Voir Le Rappel, 10 mai 1870

[23] Archives de Paris, 3589W1653 Casier sanitaires Passage Saint-Pierre (établi en 1909).

[24] Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 28 mai 1887.

[25] Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 12 mai 1894.

[26] Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 1er août 1885.

[27] Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 20 juin 1903.

[28] Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 25 mars 1910.

[29] Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 3 février 1907.

Une réflexion sur « Histoires de quartier… La rue Neuve-Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 8 – L’école communale, d’un siècle à l’autre (2ème partie) »

  1. Bonjour
    J’attends toujours avec impatience et intérêt la suite de vos
    minutieuses recherches.
    Pour information le fronton des écoles du 8 et du 10 rue des Hospitalieres saint Gervais ( Garçons et filles) indique le mode
    Mutuel et la date de 1844.

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