
siège sans interruption d’une librairie depuis 1867.
(phot. coll. Albert Kahn ; affiche F. Roy éditeur, Bnf Gallica)
Rue Saint-Antoine, juste en face de l’Ecole des Francs-Bourgeois, s’élève au n° 26[1] une maison du XVIIIe siècle, à peine remaniée au XIXe siècle. Elle forme l’angle avec le passage Guéménée[2] où, au n° 2, se situe son entrée, une porte cochère donnant sur une petite cour. C’est dans l’une des deux boutiques occupant son rez-de-chaussée qu’en 1867 un nommé Tarault[3] ouvrit, à la place d’un magasin d’horlogerie, une librairie-papeterie. Depuis cette date, sans discontinuité, et aujourd’hui sous l’auvent bleu de la librairie La Belle Lurette, le commerce du livre a gardé dans cette maison pignon sur rue.
Propriété du comte Dangey à la fin de l’Ancien régime[4], la maison avait été construite vers 1730[5] à l’emplacement d’une ancienne demeure où aurait vécut Marion Delorme, courtisane célèbre sous le règne de Louis XIII[6]. Du début du XIXe siècle jusque vers 1835, elle fut occupée par un marchand de vins nommé Julien[7].

Un autre marchand de vins, Bérard, lui succéda dans les lieux pour quelques années. Puis, en 1842, un nouveau marchand, Boll, s’installa pour y poursuivre le négoce de vin au détail[8]. Lui, puis ses fils, Claude et Auguste, tinrent ce commerce jusqu’en 1887, hormis quelques années, entre 1857 et 1861, où ils le laissèrent à bail à d’autres débitants[9].

A partir de 1848, ce sont deux commerces qui sont signalés à cette adresse dans les annuaires et almanachs, signe que des reconstructions et des redistributions d’espaces ont pu alors être entreprises dans la maison. Le plan parcellaire dressé quelques décennies plus tôt révèle d’ailleurs dans son détail des pièces pourvues d’étroites ouvertures sur rue qui ont probablement été remaniées en ce milieu de XIXe siècle pour laisser place à deux boutiques éclairées par des vitrines.
Le marchand de vins Boll continua d’occuper celle située côté impasse Guéménée. C’est un marchand de meuble, D’Huin, qui s’installa dans celle de droite. Des bottiers, en 1857, Decroix, puis une dame Blainville, puis un horloger, Bodin, en 1862 lui succédèrent avant l’arrivée de Terault en 1867[10].
Ce dernier premier de la succession de libraires qui vont occuper ce lieu jusqu’à aujourd’hui, ne tint qu’une année[11] avant de céder la place à un personnage, François-Xavier Roy, qui plutôt que de joindre la papeterie au commerce du livre, préféra lui associer une activité plus prestigieuse et plus lucrative, l’édition. Dans son cas, elle lui conféra également une certaine notoriété.
F. Roy, libraire et éditeur au 185 rue Saint-Antoine[12]
Quand il reprit la librairie ouverte par Tarault, François-Xavier Roy n’était pas novice dans le métier du livre et de la librairie. Né le 23 juillet 1830 à Asnières, près de Paris, son père était colporteur[13] et il ne fut légitimé que plus tard, après le mariage de ses parents[14]. A neuf ans, il fut placé dans une fabrique de papier-peint « pour étendre la couleur et le papier imprimé […] travaillant douze heures par jour à sauter sur le levier et à étendre en l’air pour le séchage des papiers imprimés »[15]. A douze ans, le jeune Roy entra comme apprenti à l’imprimerie Paul Dupont dont le prote était alors Napoléon Chaix (1807-1865), le futur éditeur de l’indicateur des chemins de fer qui porte son nom. A seize ans, alors employé à l’imprimerie fondée par Chaix, il eut « le bras gauche écrasé par une machine »[16]. Caporal dans le Garde mobile en 1848, il exerça dans les années qui suivirent divers métiers, comme ouvrier bijoutier ou mécanicien. En même temps, « il s’efforçait d’accroître son instruction en fréquentant les cours du soir »[17] et il obtint en 1863 l’autorisation d’ouvrir un cabinet de lecture, entreprise alors soumise à l’obtention d’un brevet, et de vendre des livres pieux et des journaux[18].
Muni en plus en 1867 d’un brevet de libraire, il s’installa d’abord comme commissionnaire en librairie au 7 boulevard Richard-Lenoir. Il ouvrit son cabinet de lecture au 38 rue Saint-Paul[19], dans ce vaste ensemble de bâtiments distribués autour d’une cour qui avaient remplacé l’ancienne prison Saint-Éloi, démolie sous la Révolution. Il partageait ces lieux peu exposés avec, entre autres, un hôtel appelé Saint-Paul et une entreprise de déménagement et de transport. Aussi, rapidement après la reprise de la librairie ouverte par Tarault au 185 rue Saint-Antoine, en 1868, F. Roy céda son cabinet de lecture de la rue Saint-Paul à d’autres libraires[20].

En plus de ses commerces de livres installés du côté de la place de la Bastille, F. Roy s’associa avec un nommé Plataud, un autre commerçant en librairie, par ailleurs président de la société de secours mutuel des marchands de journaux[21], pour former une société de « vente de journaux et autres imprimés »[22]. Installée 13, puis 16 rue du Croissant, au cœur du quartier de la presse, la société Roy & Plataud prit le risque de publier des ouvrages bien qu’elle ne disposât pas de brevet d’éditeur. Parut ainsi en 1869, sous forme d’une brochure de 15 pages, une parodie de L’Homme qui rit, de Victor Hugo, intitulée L’Homme qui pleure , signée Sainte-Paresse[23]. Cette même année, qui vit l’inauguration du canal de Suez, un autre petit ouvrage à la fois satirique et léger, Le dernier attentat contre le vice-roi d’Égypte[24],sortit de la rue du Croissant avant que le Tribunal de commerce de la Seine ne décidât la dissolution de l’Agence des journaux Roy et Compagnie pour « inobservation des formalités prescrites par la loi »[25].

La chute de l’Empire en septembre 1870 entraînant la fin au système de brevets[26], François-Xavier Roy put enfin en toute liberté lancer sa maison d’édition, installant son siège dans sa librairie de la rue Saint-Antoine. La première publication que l’on peut recenser est une feuille grand format recto-verso intitulé L’Ami du peuple de Marat[27]datée du 14 mars 1871, quelques jours avant le début de la Commune. Composée d’un choix d’articles de Marat parus sous la Révolution, cette feuille entendait par le rappel de ces textes, se révolter contre l’interdiction que subissaient alors certains journaux. Elle dénonçait aussi le sort du peuple qui, depuis quatre-vingts ans, « combattait sans relâche pour la conquête de ses droits, de sa liberté et de sa souveraineté » et voyait toujours la victoire lui échapper et ses aspirations « étouffées et refoulées par une réaction aveugle et acharnée ». La « vente en gros » de ce journal, vendu 10 centimes, était pris en charge par la « librairie F. Roy, rue Saint-Antoine, 185, et au Bureau, rue du Croissant, 16 », adresse où elle était d’ailleurs imprimée par Vallée, qui se chargea dans les semaines qui suivirent de l’impression de nombreux journaux communards[28].

Quelques jours plus tard paraissait, toujours diffusée par F. Roy depuis sa librairie, un autre journal-affiche de deux pages intitulé La République de Marat[29], qui reprenait encore d’anciens articles du révolutionnaire, dont l’un, de 1789, appelait à la dissolution de l’Assemblée nationale. On trouvait aussi des textes tirés des œuvres de F.-V. Raspail et Alphonse Esquiros où les deux hommes politiques républicains faisaient l’éloge de Marat. Raspail s’empressa de publier dans la presse un démenti sur sa collaboration à cette publication, cette « élucubration », étant bien éloigné de « vouloir reproduire la république de 1792 qui, du reste, fut moins une république qu’une immense révolution »[30]. On était alors le 21 mars, et Paris commençait à s’embraser.
On ignore ce que furent les activités de François-Xavier Roy durant les quelques semaines que dura la Commune, et sans doute se replia-t-il sur sa librairie-papeterie de la rue Saint-Antoine[31]. Mais dès cette même année 1871, l’éditeur publia plusieurs ouvrages relatifs à l’histoire de la Commune, comme des comptes rendus des procès de Versailles[32] ou des textes portant sur des décisions législatives ou des questions administratives et sociales[33].
Romans populaires en livraisons
A partir de 1874, F. Roy engagea sa librairie dans un secteur d’édition bien plus profitable et qui fera sa fortune, celui de la littérature et des romans populaires. Depuis les années 1840, avec l’apparition du roman-feuilleton dans la presse, avec Eugène Sue et ses Mystères de Paris, et les nombreux auteurs qui lui emboîtèrent le pas, les éditeurs profitèrent à la fois du développement de l’imprimerie et de la presse, de la baisse des coûts d’impression, de l’alphabétisation qui augmentait le nombre de lecteurs et de l’engouement grandissant du public pour investir dans cette littérature industrielle, comme la qualifiait Sainte-Beuve[34].
François-Xavier Roy fit le pari d’une forme d’édition qui, à cette date, n’était pas tout à fait nouvelle dans le monde du livre, celle de la publication de romans découpés en livraisons. Apparues dans les années 1850, les premières collections de romans en livraisons de 8 à 16 pages, avec de bonnes qualités d’impression et illustrées de gravures, étaient vendues 20 centimes. Mais concurrencées par les « journaux-romans », périodiques « consacrés à la publication de romans en tranches » dont le coût de fabrication était bien moindre, les romans en livraisons, en voulant lutter contre eux en rognant sur la qualité de l’impression, du papier et des illustrations, perdirent rapidement les qualités sur lesquelles reposaient leur attrait et leur succès[35].
S’il est donc exagéré de dire que François-Xavier Roy « inaugura l’édition et la vente des romans populaires illustrés par livraisons » et que « dans cette voie, qui devait bientôt donner une sorte d’orientation nouvelle à la librairie française, il [fut] un précurseur »[36], il a été en tout cas l’un des premiers à relancer au milieu des années 1870 l’édition de romans en livraisons.

Les livraisons, composées de 8 pages, paraissaient deux fois par semaine, et l’ensemble des parutions successives finissait par former, une fois réunies, un ouvrage complet. Une page de titre, une table des matières et souvent un portrait gravé en pleine page de l’auteur accompagnaient la dernière livraison, permettant au possesseur de disposer de tous les éléments pour composer et faire relier son ouvrage s’il le souhaitait. Le prix modique de chaque livraison, 10 centimes ou 50 centimes par série de douze, et, pour les acheteurs, l’étalement des dépenses, permettaient surtout d’atteindre un plus vaste public qui ne s’autorisait habituellement pas l’achat de volumes complets, trop onéreux. Les livraisons pouvaient s’acheter chez les libraires, mais aussi sous forme d’abonnement.
A la différence des journaux-romans, les ouvrages publiés par François-Xavier Roy, composés généralement de 50 à 70 livraisons par volume complet, étaient de belle qualité. La typographie et l’impression « sur papier satiné » étaient soignées, le texte de chaque page étant cerné par un encadrement de chaînettes ou de filets perlés. Ils étaient de format in-4° (25 à 29 cm de hauteur) et la première page de chacune des livraisons était ornée de « belles gravures sur bois » exécutées par des dessinateurs renommés. D’autres gravures ou des illustrations en couleurs hors texte pouvaient aussi être acquises pour enrichir les volumes.

Le Bossu, de Paul Féval, fut en 1874 le premier ouvrage édité sous forme de livraisons par François-Xavier Roy. « Que je suis heureux, au nom de Paul Féval, de vous avoir fait le traité du Bossu pour vous aider dans vos débuts d’éditeur », lui écrivit Edmond Pourcelle, secrétaire de Féval, quelques années plus tard[37]. Paru une première fois en feuilleton dans le journal Le Siècle en 1857, Le Bossu avait déjà fait l’objet de plusieurs éditions en volume, dont très vite quelques-unes sous forme de contrefaçons imprimées en Belgique. Sa publication en livraisons illustrées par François-Xavier Roy était la première sous ce format d’édition.

C’est par la presse, avec de modestes annonces parues dans quelques journaux, que Roy annonça le lancement de son édition du Bossu[38]. Manqua-t-il de place dans sa librairie de la rue Saint-Antoine pour stocker, classer et ordonner les centaines de fascicules reçus de son imprimeur, Charaire[39], et organiser leur distribution ? Il loua alors à cette date des locaux supplémentaires au 13 boulevard Beaumarchais, dans ce qui avait été l’ancien hôtel de l’auteur du Mariage de Figaro[40].

Le succès fut sans aucun doute au rendez-vous pour ce Bossu. Aussi, dès la parution des derniers fascicules, Roy lança l’édition en « environ 70 livraisons sur papier satiné, ornées de belles gravures sur bois » d’un autre roman de Paul Féval, Le Fils du diable ou les trois hommes rouges. Par la suite, de 1874 à 1894, année où il mit un terme à sa carrière d’éditeur, François-Xavier Roy édita sous la forme de volumes publiés en livraisons près de cent cinquante ouvrages. Il s’agissait essentiellement de romans populaires qui étaient déjà parus en feuilleton dans les journaux, parfois aussi pour certains une première fois en volume complet. Mais le modèle d’édition de F. Roy, combinant pour un coût modéré à la fois le modèle des feuilletons publiés par les journaux et la possibilité d’obtenir et de conserver in fine un vrai livre de bonne qualité, trouva rapidement son public.
Gage de succès, l’éditeur témoigna « d’un sens critique très fin et d’un sûr instinct de sélection »[41], et aussi d’un grand sens des affaires en réussissant à obtenir des écrivains à la mode l’autorisation de publier leurs œuvres, contre versements de droits d’auteur évidemment. Ce sont ainsi près d’une trentaine des multiples romans écrits par Xavier de Montépin, l’un des principaux représentants du mélodrame populaire, qui parurent sous forme de livraisons aux éditions F. Roy : Le Mari de Marguerite, dans la série Les drames de l’adultère, Le Bigame, Le Médecin de Folles, … Autres grands maîtres du roman populaire publiés par F. Roy, Émile Richebourg avec une quinzaine de titres, ou Étienne Énault, avec L’Enfant trouvé, ou encore Paul Saunière.

Les ventes attinrent rapidement des sommets si l’on en croit Roy. Il annonça ainsi que l’édition des livraisons du Mari de Marguerite de Montépin, parue entre 1874 et 1875, avait « été tirée par nous à deux millions de numéros, en un an seulement. Un tel succès est sans précédent dans les annales du genre »[42]. Le journal Le Tintamarre signalait le 2 avril 1875 que la première livraison des Tragédies de Paris du même Montépin fut « littéralement enlevée par les amateurs de ces sortes de publication, sa vente [ayant] été de trente-deux mille en deux jours »[43].

Pour faire connaître ses publications et arriver à tels niveaux de vente, François-Xavier Roy usait de publicité sur tous les supports possibles. Chacune de ses nouveautés faisaient l’objet d’annonces dans les journaux ainsi que sur les couvertures des fascicules qu’il diffusait. La promotion de ses ouvrages passait aussi beaucoup par l’affiche, richement illustrée et colorée.



Bénéficiant des moyens apportés par le succès des dizaines de romans populaires qu’il publiait, mais usant toujours du modèle de la publication en livraisons, F. Roy s’engagea dans des projets plus ambitieux avec l’édition d’œuvres originales. Plutôt que des romans, c’est dans le domaine des ouvrages de vulgarisation scientifique et historique qu’il se lança. Son premier ouvrage, dont les 58 livraisons s’échelonnèrent entre 1875 et le début de 1876, fut l’Histoire des ballons et des ascensions célèbres, d’A. Sircos et Th. Pallier, avec une préface de Nadar et des illustrations d’Albert Tissandier, qui était lui-même un célèbre aéronaute.

L’éditeur publia aussi des petites plaquettes sur des sujets historiques, comme, en 1880, Les drapeaux français : histoire des couleurs nationales, oriflammes et bannières…[44], ou une Histoire nationale de la Bastille, par H. Gourdon de Genouillac[45]. C’est à ce dernier auteur qu’il confia le soin de la rédaction de sa grande œuvre, Paris à travers les siècles[46], un ouvrage paru entre 1882 et 1889 en livraisons et formant un ensemble de 6 volumes. L’éditeur, par ailleurs bibliophile, en aurait « établi lui-même le cadre au cours de cinq années de labeur acharné durant lesquelles il compulsa plus de deux cents ouvrages »[47]. « Une époque nouvelle demande des livres nouveaux », écrivait Roy dans le prospectus de la publication de cet ouvrage « totalement inédit » et « au style clair et précis qui le met à la portée de tout le monde ». Et, écrit encore Roy, « bien que cette Histoire nationale ne soit pas une œuvre politique, nous croyons devoir ajouter qu’elle est écrite dans un esprit impartial, patriotique et libérale ». La lettre de l’historien Henri Martin, « ami du progrès et de la liberté », placée en tête d’ouvrage, lui donnait « le caractère essentiellement démocratique qui distingue l’œuvre de l’éminent académicien ». Publication populaire, cette histoire de Paris n’en restait pas moins une édition de luxe, « richement illustrée sur fort papier satiné », notamment par des gravures tirées à part sur papier teinté[48].

On remarquera aussi parmi les ouvrages édités par F. Roy dans sa maison de la rue Saint-Antoine une réédition en 37 livraisons d’un livre de vulgarisation scientifique de Arnold Boscowitz, paru une première fois en 1866 et « couronné par l’Académie française » sur les Tremblements de terre, révolutions du globe[49].

Dans un domaine plus politique, signalons un ouvrage d’Alfred Barbou sur Louis Blanc, sa vie, son œuvre, dans une série intitulée Histoire des hommes illustres et des amis du peuple, publié en 1880. Dans l’annonce parue dans la presse, l’éditeur écrivait à propos de de livre : « Faire connaître au peuple ses véritables amis en lui racontant la vie des hommes dévoués qui ont consacré avec désintéressement leur talent, leur liberté, leur existence à l’éclairer, à chercher la solution des problèmes ardus qui doivent, dans un avenir prochain, améliorer son sort, c’est croyons-nous, faire œuvre de haute moralité et de patriotisme »[50]. En 1886, F. Roy publia les Mémoires de Louise Michel par elle-même[51], où, dans sa préface, il marquait toute sa sympathie pour l’ancienne communarde et une sensibilité toute républicaine et sociale.

En 1879, François-Xavier Roy abandonna la librairie-papeterie du 185 rue Saint-Antoine qui fut reprise par une veuve Seguin, puis en 1881 par une Mme Pinon[52]. Il replia ses activités juste à côté, au 5, puis au 2 de l’impasse Gueménée[53], cette dernière adresse étant aussi celle de l’immeuble où se trouve la librairie. Il est sans doute possible qu’il ait sous-loué la librairie pour se consacrer exclusivement à ses activités d’éditeur. Ses publications, ses publicités et ses affiches continuèrent en tout cas à porter l’adresse du 185 rue Saint-Antoine jusque vers 1888, date à laquelle il installa sa maison d’édition au 222 boulevard Saint-Germain.

Il continua à cette nouvelle adresse à éditer des romans populaires en fascicules, mais assura aussi la vente en volume complet des ouvrages de son catalogue pré-constituée avec son stock de fascicules. Il publia des ouvrages pratiques[54], toujours en livraisons, et se lança également dans l’édition de collections de romans et de poésie classiques sous un format plus luxueux sur papier vergé ou de Hollande et reliés à la demande[55]. Il s’essaya même à la presse en publiant entre 1887 et 1890 un journal « patriotique et humoristique », La Baïonnette.

En 1894, François-Xavier Roy céda sa maison d’édition, son catalogue et son fonds à H. Geffroy qui continua à écouler les livraisons du stock et poursuivit avec de nouveaux titres une activité éditoriale s’appuyant, comme son prédécesseur, essentiellement sur la publication de romans populaires en livraisons.
Cette même année 1894, au 185 rue Saint-Antoine, qui en 1900 prendra le numéro 26 lors du changement de numérotation des immeubles de la rue, c’est une autre libraire qui s’installa dans les murs, avec lui aussi des ambitions d’éditeur, mais d’un tout autre air.

(A suivre)
[1] Jusqu’au changement de numérotation de la rue en 1900, qui inversa les côtés pair et impair pour se conformer à l’ordre imposé par la réglementation de 1805, la maison qui porte aujourd’hui le numéro 26 avait le numéro 185 rue Antoine. Nous parlerons donc, pour cette même adresse, alternativement du 185 ou du 26 rue Saint-Antoine selon les époques.
[2] Sur l’histoire du passage Guéménée, à l’origine ancien passage vers l’hôtel royal des Tournelles, et sur le couvent des Filles de la Croix, nous renvoyons vers ces pages très complètes : http://impasse.guemenee.free.fr/
[3] Annuaire-almanach du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration : ou almanach des 500.000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers, Firmin Didot et Bottin réunis, 1857-, année correspondante.
[4] Plan Verniquet, 1783.
[5] D’après le site Bercail.com.
[6] Communication de Lucien Lambeau sur l’hôtel Sully de la rue Saint-Antoine et sur la Place des Vosges, dans Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 16 novembre. 1902, p. 3448.
[7] Almanach du commerce de Paris…, Paris, Bureau de l’Almanach, 1797-1838, années correspondantes.
[8] Almanach du commerce de Paris…, op. cit. années correspondantes ; Annuaire général du commerce, de l’industrie, de la magistrature et de l’administration : ou almanach des 500.000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers, Paris, Firmin-Didot frères,1838-1856, années correspondantes.
[9] Guibonnet entre 1857 et 1859 et Thibault en 1861.
[10] Annuaire général du commerce de Paris…, op. cit., Annuaire-Almanach du commerce, de l’industrie…, op.cit., années correspondantes.
[11] En plus de la librairie et de la papeterie, Tarault était également dépositaire de presse, notamment de La Liberté, quotidien dirigé alors par Émile de Girardin (annonce dans ce titre le 15 avril 1867), du Courrier français (annonce du 26 novembre 1867), du Corsaire (annonce du 17 décembre 1867) et du Figaro (annonce du 1er septembre 1868… alors que F. Roy l’a déjà remplacé au 185 rue Saint-Antoine). On trouve aussi une annonce de vente de billets de loterie dans le journal Le Droit daté du 21 juin 1867, informant de leur vente dans divers lieux dont la librairie de Roy, 185 rue Saint-Antoine. Cela pourrait faire supposer que Tarault et F. Roy ont en réalité pu être associés dès 1867, lors de la reprise de la boutique, le premier s’éclipsant ensuite.
[12] C’est-à-dire le 26 rue Saint-Antoine aujourd’hui.
[13] Les éléments biographiques sur François-Xavier Roy sont tirés des sources suivantes : sa notice dans le Dictionnaire des éditeurs français du XIXe siècle (DEP19), en cours de publication au service de l’Inventaire de la BnF ; sa notice dans le Dictionnaire des imprimeurs et lithographes du XIXe siècle, établi par l’Ecole nationale des Chartes et accessible en ligne ; Charles-Emmanuel Curinier, Dictionnaire national des contemporains, Paris, Office général d’édition, de librairie et d’imprimerie, 1899-1919, 6 tomes, T. 4, p. 127-128. Voir aussi Archives nationales, F18/1822, et le factum que F. Roy publia en 1900, Affaire Roy, acquéreur, contre de Trieb, vendeur. Histoire et péripéties d’une propriété peu littéraire et non grammaticale à travers les tribunaux, racontées par un condamné à la publier. Question intéressante de propriété littéraire à élucider, Paris, 1900.
[14] Dictionnaire des imprimeurs et lithographes du XIXe siècle, op. cit.
[15] F. Roy, Affaire Roy…, op. cit. p. 140.
[16] F. Roy, Affaire Roy…, op. cit., p. 140.
[17] Charles-Emmanuel Curinier, op. cit.
[18] DEP19, op. cit.
[19] Annuaire-almanach du commerce…, op. cit., années1863 à 1867.
[20] Emile Rolin, puis A . Colin (Annuaire-almanach du commerce…, op. cit. années1870 et 1874)
[21] L’Avenir national, 2 novembre 1867
[22] Le Droit, 24 février 1869.
[23] Sainte-Paresse, L’Homme qui pleure, Paris, Agence des journaux F. Roy et Cie, 1869 [BnF Y2P-1404]. Pièce citée dans Albert de Bersaucourt, Les pamphlets contre Victor Hugo, Paris, Mercure de France, 389 pages, p. 386.
[24] Le Dernier attentat contre le vice-roi d’Égypte. Conte des mille et une nuit au café anglais. Lettre de M. H. de Villemessant par le tambour de la ville, Paris, Agence des journaux F. Roy et Cie [1869], 62 pages [BnF 8-O3B-185].
[25] Le Droit, 24 février 1869.
[26] La loi du 10 septembre 1870 déclare la liberté de la librairie et de l’imprimerie, n’exigeant plus qu’une déclaration préalable auprès du ministère de l’Intérieur, formalité abolie elle-même en 1881.
[27] L’Ami du peuple de Marat : 1791, 1871, librairie F. Roy, 1871.
[28] Le Maitron. Dictionnaire biographique Mouvement ouvrier Mouvement social, notice Auguste, Pierre Vallée.
[29] La République de Marat, impr. A. Vallée, 1871.
[30] Le Petit Moniteur universel, 21 mars 1871.
[31] Encore occupé par Roy en 1870 pour son métier de commissionnaire en librairie, le local du 7 boulevard Richard-Lenoir ne l’est plus l’année suivante (d’après Annuaire-almanach du commerce…, op. cit.,années 1870 et 1871). Et après les feuilles Marat de mars 1871, l’adresse de la rue du Croissant n’apparaît plus sur les publication éditées par F. Roy.
[32] Compte rendu des procès de Versailles. 3e conseil de guerre… Affaire de la Commune. Attentat contre le gouvernement établi, arrestations arbitraires, assassinats, vols, usurpations de fonctions publiques, destruction de monuments…, Paris, F. Roy, 1871, 2 vol.
[33] C. Ordioni, Loi du 4 juillet 1871 sur les échéances des effets de commerce, promulguée le 7 juillet 1871, avec des notes explicatives, Paris, F. Roy, 1871, 8 pages ; Louis Montaru, Réorganisation du service de l’Octroi. Amélioration du sort des employés, Paris, en vente chez F. Roy, 1871.
[34] Voir son article « De la littérature industrielle » dans la Revue des Deux Mondes, 1er septembre 1839 : https://books.openedition.org/ugaeditions/7949
[35] Voir Histoire de l’édition française, sous la direction de Roger Chartier et Henri-Jean Martin, Paris, Fayard-Cercle de la librairie, 1989-1991, 4 tomes, T. 3, Le temps de éditeurs : du Romantisme à la Belle Époque, p. 510-518.
[36] C.-E. Curinier, Dictionnaire national des contemporains, op. cit., tome 4, p.127-128.
[37] Lettre de Edmond Pourcelle à F.-X. Roy, 3 juin 1877, citée dans Affaire Roy, acquéreur, contre de Trieb, vendeur…, op. cit., p. 142.
[38] Dans Le Petit Journal, Le Petit Moniteur universel ou Le Rappel, entre le 21 et le 29 octobre 1874. Il est possible qu’il ait aussi cherché à la faire concilier avec la reprise dans de nombreux théâtres parisiens et de province, cette même année 1874, de la pièce tirée du roman par Paul Féval lui-même en 1862.
[39] L’imprimerie Charaire était installée à Sceaux, et F. Roy travailla souvent avec celle-ci.
[40] L’adresse apparaît sur certaines publicités et dans l’Annuaire-Almanach du commerce…
[41] Dictionnaire national des contemporains…, op cit., p. 127-128.
[42] D’après l’annonce de la prochaine parution d’un autre roman de Montépin, Le Bigame, rédigée par Roy et jointe dans l’exemplaire de la BnF.
[43] Le Tintamarre, 2 avril 1876.
[44] Paul Max, Les drapeaux français : histoire des couleurs nationales, oriflammes et bannières, le drapeau bleu, le drapeau blanc, le drapeau tricolore, ill. F. Philippoteaux, Paris, F. Roy, 1880, 24 p.
[45] Henri Gourdon de Genouillac, Histoire nationale de la Bastille (1370-1789) : récit authentique et vrai, Paris, F. Roy, 1880, 56 p.
[46] H. Gourdon de Genouillac, Paris à travers les siècles : histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de Lutèce jusqu’à nos jours…, avec une lettre de M. Henri Martin, Paris, F. Roy, 1882-1889, 6 vol.
[47] C.-E. Curinier, Dictionnaire national des contemporains…, op cit., p. 127-128.
[48] Informations et citations tirées de l’annonce de la publication de Paris à travers les siècles, incluse dans Les Drapeaux français : histoire des couleurs nationales…, op. cit.
[49] Arnold Boscowitz, Les tremblements de terre, révolutions du globe, Paris, F. Roy, 1888, 286 p.
[50] Annonce dans Le National, 25 mars 1880.
[51] Louise Michel, Mémoires de Louise Michel, par elle-même, Paris, F. Roy, 1886, 490 p.
[52] Annuaire-almanach du commerce…, op. cit., années correspondantes.
[53] Annuaire-almanach du commerce…, op. cit., années correspondantes.
[54] Citons La loi à la portée de tous : Dictionnaire des lois, manuel pratique et raisonné de la législation française du droit usuel…, sous la direction de G. d’Hailly, E. Quétant…, 3 tomes, Paris, F. Roy, 1890,
[55] Voir le catalogue de F. Roy publié en fin de l’ouvrage Tremblements de terre…