Histoires d’immeuble… Les entrepreneurs de l’hôtel de Charny (22, rue Beautreillis) – 1

Le portail de l’hôtel de Charny dans les années 1970, avant sa restauration (BHVP, Fonds C’était Paris en 1970, N. Moncade phot., carrés 903 à 1102).

L’hôtel de Charny, connu notamment pour son gracieux portail orné d’un mascaron, est l’une des plus belles demeures de la rue Beautreillis. Situé au numéro 22, il a été bâti dans la première moitié du XVIIe siècle, et son jardin s’étendait à l’origine jusqu’à la rue du Petit-Musc. Comme nombre d’hôtels aristocratiques du Marais, il subit au milieu du XIXe siècle de nombreuses transformations. Les corps de bâtiment sur rue et sur cour furent surélevés, des hangars et appentis élevés dans la cour, les appartements transformés en ateliers ou divisés, le jardin vendu comme terrain à bâtir. Ce n’est qu’à partir des années 1980 qu’il fut progressivement réhabilité et restauré, mais sans pour autant retrouver son aspect d’origine.

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Histoires de quartier… Les faux-jumeaux : les 12 et 14 rue Neuve-Saint-Pierre.

L’Hôtel Stella, 14 rue Neuve Saint-Pierre.

L’ancien hôtel Stella, devenu Hôtel de Neuve.

En cette année 1923, rue de l’Hôtel-Saint-Paul, des terrassiers et des maçons commençaient la construction d’un nouvel immeuble, dessiné par l’architecte Jérôme Bellat, au numéro 12, sur la parcelle dont il était propriétaire à l’angle de la rue Neuve-Saint-Pierre1. De l’autre côté de la rue, juste en face, à l’angle opposé, s’élevait alors une modeste construction en bois couverte de bardeaux bitumés. Elle était enchâssée entre, d’un côté, la longue et massive façade décorée du Grand Cinéma Saint-Paul et, de l’autre, les deux anciennes maisons placées du côté impair de la rue de l’Hôtel-Saint-Paul. C’était un atelier où Madame Velluz fabriquait des matelas. Quelques années plus tard, dans une curieuse continuité, c’est un hôtel qui fut bâti à cet endroit. Un hôtel qui aujourd’hui est toujours là.

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Histoires de quartier… Les faux-jumeaux : les 12 et 14 rue Neuve-Saint-Pierre

Le 12 rue Neuve-Saint-Pierre.

La transformation du passage Saint-Pierre[1] mise en œuvre par la municipalité parisienne entre 1910 et le milieu des années 1920 visait à remplacer par deux nouvelles rues deux voies étroites, qui reliaient en angle droit la rue Saint-Paul et la rue Saint-Antoine. Élargies par la démolition des vieilles maisons qui bordaient l’ancien passage et, pour la partie venant de la rue Saint-Paul, prolongées jusqu’à la rue Beautreillis, ces nouvelles voies furent nommées rue Neuve-Saint-Pierre et rue de l’Hôtel-Saint-Paul[2]. Elles devenaient le terrain pour un projet d’urbanisme qui ne fut que très partiellement mené. Les deux immeubles de briques qui encadrent de part et d’autre l’entrée de la rue de l’Hôtel-de-Ville sur la rue Neuve-Saint-Pierre en sont aujourd’hui les seuls témoins marquants.

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Histoires de quartier… Histoire du cinéma Saint-Paul (2e partie)

La façade du Grand Cinéma Saint-Paul rue Neuve-Saint-Pierre en 1965, un an avant sa fermeture et sa démolition (Crédit photo Paris Historique, Philippe Bernard phot.).

Grandeur du muet

À l’époque de son ouverture, le Grand Cinéma Saint-Paul proposait chaque jour une séance en matinée, à 14 heures, et une en soirée, à 20 heures. Au cours de chaque séance, d’une durée de trois heures, était projetée une suite de films, dont un en tête d’affiche, et des actualités filmées, le tout entrecoupé d’attractions, d’intermèdes musicaux et « de deux entractes »[1].

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Histoires de quartier…  Histoire du Cinéma Saint-Paul (1ère partie)

La rue Neuve-Saint-Pierre, peinte par Nathan Grunsweigh (1880-1956). La façade du cinéma est à droite. (Source. Localisation actuelle inconnue)

Dans son essai autobiographique, Un homme comme un autre, Georges Simenon écrit : « Un jour par semaine, nous nous rendions au cinéma, non en ville, […] mais au cinéma Saint-Paul, dans notre quartier, où nous reconnaissions des visages aperçus dans la journée. Et à l’entracte, entre les deux films, on allait boire une verre dans un bar voisin en attendant la sonnerie annonçant la fin de l’entracte »[1]. On était alors à la fin des années 1920 ou au début des années 1930. Claude Dubois, autre enfant du quartier né en 1944, raconte dans son livre de souvenirs : « Mes grands-parents, mes oncles, mes grands-tantes fréquentaient le Saint-Paul, tout le monde s’y était croisé un jour ou l’autre »[2]. Ce cinéma, qui dans sa construction d’origine avait la particularité de disposer de deux entrées – l’une située au 38 rue Saint-Paul et l’autre 73 rue Saint-Antoine – anima pendant près de cinquante ans la vie de tout le quartier, cela jusqu’à sa disparition en 1967. Il fut alors remplacé côté rue Neuve Saint-Pierre par un nouvel immeuble sans grâce abritant aujourd’hui un magasin Monoprix et des logements. C’est l’histoire largement oubliée du Grand Cinéma Saint-Paul, qui fut l’un des plus grands cinémas de Paris au moment de sa construction, que l’on va raconter ici.

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Histoires de quartier… Quand la place des Vosges faillit devenir le Panthéon de la littérature française.

(carte postale).

Les transformations subies ces dernières années par quelques grandes places parisiennes ont souvent suscité émotion et critiques. Il y a plus d’un siècle, au tournant des années 1903 et 1904, un projet d’aménagement de la place des Vosges imaginé par Paul Meurice, l’ami de Victor Hugo, aurait donné à ce lieu, s’il avait abouti, une tout autre physionomie que celle que nous lui connaissons aujourd’hui. Et hier comme aujourd’hui, cela fut sujet à débats et polémiques.

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Histoires d’immeuble… Le 17-19 rue Beautreillis – 5

Septembre 1902. Le vieil hôtel du 17-19 de la rue Beautreillis venait tout juste d’être démoli. Les fouilles archéologiques menées dans son ancien jardin par la Commission du Vieux Paris se terminaient à peine que les premiers travaux de construction de l’immeuble de rapport et de l’usine attenante furent lancés par le nouveau propriétaire de la parcelle, l’industriel Émile Mettetal[1].

Le fer, la pierre et la terre

Enrichi par le fer, c’est dans la pierre qu’Émile Mettetal assura une partie de sa fortune. Au cours des premières années du XXe siècle, l’industriel fit l’acquisition de terrains pour y faire construire des immeubles de rapport. Ainsi, en mai 1900, il demandait l’autorisation de bâtir un immeuble de 6 étages sur un terrain de 414 m² situé à l’angle de la rue Danton et de la rue Mignon, dans le 6e arrondissement[2], qu’il avait acquis par adjudication au prix de 331 200 francs[3]. En 1902, ce fut le tour de l’immeuble de la rue Beautreillis.

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Sauvegarde du portail de l’hôtel Raoul

Vestige emblématique mais menacé de la rue Beautreillis, le portail de l’hôtel Raoul est en passe d’être sauvé.  Cette victoire est l’aboutissement d’un combat mené depuis de longues années par Michel Cribier.

La sauvegarde du portail étant assurée, des efforts restent encore à faire pour mener à bien sa restauration complète, et Michel Cribier et l’Association Le Portail de l’hôtel Raoul sollicitent l’aide de celles et ceux qui sont attachés à la rue Beautreillis et son quartier, et au-delà à Paris, son histoire et ses monuments.

Je relaie ci-dessous l’appel de Michel Cribier.

Gaspard Landau

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Chers amis du portail de l’Hôtel Raoul,

Dans le passé vous avez témoigné de l’intérêt pour cet intrigant portail, seul vestige de l’hôtel particulier qui se dressait rue Beautreillis. L’Hôtel de Jean-Louis Raoul bâti dès 1604, un des tout premiers ayant adopté ce plan « entre cour et jardin » a été aussi l’un des derniers démolis, au début des années 60, avant que la loi Malraux ne protège le Marais. Seul son portail a échappé à la destruction, mais orphelin, laissé à l’abandon, il fait aujourd’hui bien triste figure.

Suivant le vœu unanime du Conseil de Paris, l’association « Le Portail de l’Hôtel Raoul » s’en est portée acquéreur, a recueilli compétences et devis, et va recevoir une subvention de la Ville de Paris et de la municipalité de Paris Centre qui permet désormais d’engager la phase de restauration.

Cette restauration aura une dimension pédagogique. Les élèves du Lycée Hector Guimard (Paris 19e) sont en effet partie prenante du travail de maçonnerie et du suivi du chantier, tandis que ceux de l’École Boule sont sollicités pour la partie huisserie.

Une fois restauré, et assorti de panneaux retraçant la riche et longue histoire de ce coin de Paris, le portail deviendra un véritable « sémaphore historique » du patrimoine architectural du Marais.

Il sera alors cédé à la Ville qui l’entretiendra pour les temps futurs.

Des fonds supplémentaires sont toutefois nécessaires pour finaliser ce projet et c’est pourquoi je me permets de vous solliciter. Vos dons, bénéficiant d’une réduction d’impôt (66%), sont à verser par chèque à l’ordre de l’Association ou par un versement à l’adresse suivante :

https://www.helloasso.com/associations/le-portail-de-l-hotel-raoul/formulaires/1/

Pour célébrer le début de la campagne de restauration, une « Fête du Portail » se tiendra le dimanche 4 juin (14h-17h) devant le portail, 6 rue Beautreillis Paris 4e. Vous y êtes tous attendus.

Bien cordialement,

Michel Cribier

Président de l’association Le Portail de l’Hôtel Raoul.
15, rue du Petit-Musc
F-75004 Paris
Courriel   : Michel@Cribier.net

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Sur l’histoire de l’hôtel Raoul, nous renvoyons bien sûr au site de Michel Cribier cribier.net/Hotel-Raoul/ et aussi à notre article Histoires d’immeuble… Le 6 rue Beautreillis. Images d’une disparition.

Histoires de quartier… La rue Neuve-Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre : retour en images.

Le passage Saint-Pierre en 1867, dans sa partie menant à la rue Saint-Paul (gravure de Alfred Alexandre Delauney, Musée Carnavalet).

Les articles publiés précédemment sur l’histoire du passage Saint-Pierre et sa transformation dans le premier quart du XXe siècle ont montré en quoi cette opération, longtemps réclamée par les édiles du quartier, visait à éradiquer l’insalubrité grandissante des bâtiments qui le bordaient. Ce qui toutefois précipita et accéléra la mise en œuvre des travaux d’élargissement des deux voies formant le passage ainsi que le dégagement de leur accès vers les rues Saint-Antoine et Saint-Paul fut sans aucun doute la décision prise en 1912 de reconstruire sur un modèle moderne et fonctionnelle l’école primaire de garçons établie là depuis 1845.

Mais les nouvelles rues Neuve-Saint-Pierre et de l’Hôtel-Saint-Paul qui succédèrent à l’ancien passage témoignent encore aujourd’hui d’une opération qui ne fut commandée par aucun véritable projet d’aménagement. Paradoxalement l’impression d’inachèvement que l’on observe résulte sans doute d’une destruction trop limitée et mal pensée du bâti existant. L’espace dégagé, trop réduit par endroit, resta inexploitable pour des reconstructions. En particulier la partie de la rue Neuve-Saint-Pierre qui la prolonge vers la rue Beautreillis, obtenue par la démolition d’un ancien hôtel, sans empiètement sur les parcelles voisines, ressemble encore aujourd’hui, comme hier, à une brèche restée en l’état.

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Histoires d’immeuble… Le 17-19 rue Beautreillis – 4

L’aile gauche de l’hôtel, en cours de démolition en 1902 (BHVP – 4-EPT-0178).

La mort le 1er mai 1899 de son propriétaire[1], le vicomte de Flavigny, allait entraîner la disparition rapide de l’hôtel du 17-19 rue Beautreillis. Le vieil aristocrate avait jusque-là su préserver l’ancienne maison. Mais en un siècle, le quartier avait perdu son caractère résidentiel au profit des entreprises artisanales et industrielles qui, progressivement, prenaient possession des vieilles demeures. Certes, Flavigny avait concédé l’ouverture de boutiques sur la rue et quelques surélévations, mais les grands appartements de l’hôtel continuaient d’être occupés par des locataires aisés et l’intégrité du jardin de l’hôtel, l’un des derniers subsistant dans le quartier, avait été sauvegardée. 

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