Histoires de quartier… La rue Neuve-Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 8 – L’école communale, d’un siècle à l’autre (1ère partie)

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L’école élémentaire de la rue Neuve-Saint-Pierre va dans quelques années fêter ses cent ans d’existence. Officiellement inaugurée le 24 janvier 1924 au terme de travaux qui, interrompus par la Grande Guerre, durèrent plus de dix ans, la nouvelle école remplaça alors celle construite en 1845 dans ce qui était alors le passage Saint-Pierre. La photo ci-dessus, conservée dans les collections du Musée Carnavalet, montre un moment particulier et emblématique. A côté du nouveau bâtiment, où sur des échafaudages surmontant la porte d’entrée, des ouvriers s’activent encore sur le fronton sculpté portant les armes de la Ville de Paris, d’autres manient la pioche pour faire tomber les murs de la vieille école et dégager ainsi une cour pour sa « somptueuse » voisine [1].

Au début de ces années 1920, la construction de la nouvelle école primaire fut le point d’orgue de la transformation du passage Saint-Pierre en rue Neuve-Saint-Pierre. Mais c’est sur l’histoire de l’école qui la précéda dans la seconde moitié du XIXe siècle que l’on va d’abord s’arrêter.

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Histoires de quartier… La rue Neuve-Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 7 – Le 2-4 passage Saint-Pierre, immeuble municipal

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Le 2-4 passage Saint-Pierre et sa cour. La crèche était située dans la partie droite. (Phot. Bibliothèques de la Ville de Paris)

Dans le passage Saint-Pierre, à l’ombre du clocher massif de l’église Saint-Paul, vivait et travaillait avant la Révolution tout un monde de religieux et de laïcs. Chemin d’accès au cimetière Saint-Paul, le passage était bordé dans ses deux parties de maisons que le conseil de fabrique, composé des prêtres de l’église et de laïcs éminents de la communauté paroissiale, se chargeait de louer ou d’affermer pour en tirer les revenus nécessaires à l’entretien de l’église et de ses servants. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, ces ressources furent à l’origine de la création d’un établissement appelé Communauté des jeunes ouvrières indigentes de Saint-Paul [1] qui s’installa dans une maison située dans la partie du passage donnant sur la rue Saint-Antoine. La vocation caritative de la maison d’éducation empêcha que le lieu où elle logeait fût vendu sous la Révolution, après la nationalisation des biens du clergé, à l’instar de ce qu’il advint pour les autres bâtiments et terrains entourant l’église Saint-Paul, qui elle-même tombait sous la pioche des démolisseurs. C’est l’histoire du 2-4 passage Saint-Pierre, devenu propriété municipale et maison vouée à l’éducation jusqu’à sa démolition au début du XXe siècle que nous allons raconter ici.

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Histoires de quartier… La rue Neuve-Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 6 – Vie et mort du lavoir Saint-Paul

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Sous la voûte du passage Saint-Pierre, l’entrée du lavoir Saint-Paul.

C’est dans l’édition de l’année 1863 de l’Annuaire-almanach du commerce, le fameux Didot-Bottin, que le lavoir Saint-Paul apparaît pour la première fois dans la liste des lavoirs publics de Paris. Situé au 6 passage Saint-Pierre, il va progressivement occuper une vaste partie du terrain de l’ancien cimetière Saint-Paul[1] jusqu’à la destruction du passage au début du XXe siècle. Son installation  remonte déjà  à quelques années puisqu’en 1858, la presse signale que des ouvriers « pratiquant des fouilles pour l’établissement d’un lavoir public dans le passage Saint-Pierre […] ont mis à découvert une assez grande quantité d’ossements humains »[2]. Les années 1850 sont marquées par le  développement des constructions de lavoirs dans Paris, dont la population augmente considérablement. Les autorités  favorisent « la création d’établissements modèles de bains et lavoirs au profit des classes laborieuses »[3], bravant la corporation des blanchisseurs qui crient à la concurrence. Proposant la fourniture de l’eau à faible coût, la Ville de Paris permet ainsi à de nombreux lavoirs de s’installer notamment sur des parcelles encore libres de constructions, de plus en plus rares dans les quartiers populaires et industrieux comme le quartier Saint-Paul.

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Histoires de quartier… La rue Neuve Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre – 5. L’école près du lavoir.

 

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Jean Geoffroy (1853-1924), En classe. 1889 (détail)

Vaste parcelle de 695 m² [1], la propriété sise au n°6 du passage Saint-Pierre comprend, en plus de l’immeuble d’habitation bâti sur la voûte qui fait angle entre les deux parties du passage, un terrain issu de l’ancien cimetière Saint-Paul. Sur le cadastre de Paris par îlot, dit Atlas Vasserot, établi entre 1830 et 1850, aucune construction en dur n’apparaît, hormis dans la partie longeant sa limite nord. On peut supposer que hangars, magasins et baraques en bois ont pu progressivement être bâtis sur une grande partie de cet espace qualifié de jardin dans la description du sommier foncier rédigé en 1809[2]. Le plan parcellaire dressé dans la dernière partie du siècle révèle que de nombreuses constructions occupent désormais tout le terrain. Cet ensemble de bâtiments constitue le lavoir Saint-Paul qui a fonctionné jusqu’à sa démolition en 1910-1911. A quelques mètres de celui-ci, à l’ombre des séchoirs et dans le bruit des battoirs frappant le linge, des élèves ont fréquenté ici entre 1850 et 1884 l’une des nombreuses institutions scolaires installées alors dans le passage Saint-Pierre.

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Histoires de quartier… La rue Neuve-Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 4 – La maison des veuves.

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Le porche d’entrée du passage Saint-Pierre, sous l’immeuble 164 rue Saint-Antoine, avec son poteau marquant le caractère privé de la voie.

Année 1876. Revenant de la rue Saint-Antoine avec quelques légumes achetés chez l’une des nombreuses marchandes des quatre saisons dont les charrettes à bras se succédaient le long des trottoirs, la veuve Bazot[1] passa devant la parfumerie Papin, et après la boutique du cordonnier, tourna à l’angle et s’engagea sous la voûte de l’immeuble du n° 164  qui débouchait sur le passage Saint-Pierre. Elle contourna le poteau qui interdisait l’accès de la voie privée aux attelages, en prenant garde de ne pas glisser sur les mauvais pavés et d’éviter les caniveaux où, hiver comme été, s’écoulaient vers la rue Saint-Antoine, les eaux de pluie et les eaux usées des habitations et des ateliers. La veuve Bazot parcourut sur une trentaine de mètres l’étroit  passage bordé de maisons et de murs que le soleil n’éclairait qu’à son zénith. A son extrémité se dressait un immeuble qui en barrait le fond et sous lequel s’ouvrait un porche.

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Histoires de quartier… La rue Neuve-Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 3 – Pavés et ruisseau

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La rue de l’Hôtel-Saint-Paul, depuis la rue Saint-Antoine (Google Street)

Le 2 juillet 1819, le sieur Galis, « parfumeur et propriétaire d’une maison située passage Saint-Pierre au coin de la rue Saint-Antoine, n° 164 [1], y demeurant en son domicile », reçoit la visite du commissaire de la Ville de Paris pour le quartier de l’Arsenal, Monsieur Poisson, qui lui transmet une sommation du Préfet de police sur des travaux à réaliser dans sa propriété. Car c’est dans le rez-de-chaussée de sa maison qu’est percé le porche d’entrée du passage Saint-Pierre dont le « pavé est en très mauvais état dans presque toute la longueur […] par défaut d’entretien » ; « les trous qui existent compromettent la sûreté publique et peuvent occasionner des accidents […] Déjà plusieurs personnes sont tombées et il est à craindre que cet inconvénient ne se renouvelle ». En tant que riverain du passage, le policier met donc Galis en demeure de faire, « sous la surveillance de l’ingénieur en chef au pavé de Paris, réparer les dégradations existant au pavé du passage au-devant et au droit de sa propriété », et cela à ses frais. Le pavé actuel « n’étant pas d’échantillon », c’est-à-dire conforme au modèle en usage pour les cours, dessous de portes cochères et autres passages [2], un marché lui est proposé ainsi qu’aux propriétaires riverains du passage qui sont dans la même situation que lui. S’ils font procéder à leurs frais à son remplacement par le pavé d’échantillon adéquat, alors à l’avenir la Ville prendra son entretien à sa charge [3] .

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Brèves de rue… Affichage sauvage

 

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Rue Charlemagne, 1900-1901, Atget phot. (BnF Gallica)

Un article récent publié dans le blog d’une association qui se consacre à la sauvegarde du Marais se félicitait d’une action d’ampleur enfin menée par les autorités municipales contre un phénomène qu’elle dénonce depuis longtemps : l’affichage sauvage qui pollue nombre de lieux du quartier et constitue le plus souvent, par l’effet d’accumulation et de répétition, une véritable agression visuelle.

L’histoire nous apprend pourtant que ces dérives de pratiques commerciales, et parfois politiques, ne datent pas d’hier. Les photographes de Paris de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle ont immortalisé ces murs et ces façades littéralement recouverts d’affiches. Et si aujourd’hui quelques-unes de ces réclames sont à juste titre considérées comme des chefs-d’œuvre de l’art de l’affiche, les autorités de l’époque n’avaient évidemment pas le recul nécessaire pour en apprécier la valeur.

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