Histoires de quartier… La rue Neuve-Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 2 – D’une direction l’autre.

image 0Le 6 nivôse an V (26 décembre 1796), le citoyen Susse, « marchand de bois demeurant rue [Saint-] Julien-le-pauvre, n° 14 et 15 », quartier du Panthéon, achetait l’église Saint-Paul, désaffectée et devenue bien national, pour la somme de 43 200 francs. Il fit une bonne affaire puisque sa valeur avait été estimée à 500 000 francs. Depuis quelques mois seulement, le lieu était loué à la citoyenne Egresset, sans que l’on connaisse l’usage qu’elle en faisait[1]. Le citoyen Susse, lui, n’avait qu’un seul projet : abattre la vieille église.

Formidable réserve de pierres taillées, de bois de charpente et de métaux dans une ville qui faisait venir de loin tous les matériaux de construction, le bâtiment fut l’objet d’une démolition méthodique qui s’étendit sur quelques années.

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Histoires de quartier… La rue Neuve-Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 1 – A l’origine…

image 6Reliant la rue Beautreillis à la rue Saint-Paul, la rue Neuve-Saint-Pierre n’est assurément pas la plus belle du quartier, il s’en faut de loin. Création récente, elle est constituée d’une succession disparate d’immeubles de toutes époques. Si elle garde une certaine cohérence côté Saint-Paul, la rue reste marquée à son débouché rue Beautreillis par l’éventrement brutal du bâti effectué lors de son percement en 1923. La démolition de l’hôtel qui occupait jusqu’alors le n° 21 rue Beautreillis a laissé découvert l’immense pignon de l’immeuble voisin, hideusement décoré il y a une trentaine d’années par des aplats géométriques de couleur ocre et orangée sur un mur de moellons d’où ressortent des moignons de poutres sciées. Peut-être faut-il voir dans ces ornements quasi-psychédéliques qui tranchent, qui jurent même avec le parfait classicisme post-haussmannienne de la façade, une sorte d’hommage raté à la mémoire de Jim Morrison, mort dans cet immeuble en 1971.

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Histoires de quartier… Le manège Saint-Paul

image 2  Au mois de mars 1898 ouvre au n° 30 rue Saint-Paul « un vaste établissement hippique et école d’équitation et de dressage ». Il se propose de « mettre le cheval à la portée de tous les jeunes gens et de toutes les jeunes femmes » [1], des « sportmen, sportwomen et officiers de réserve » grâce à ses prix modiques[2]. Mais parallèlement à ces activités équestres, le manège, qui s’étend sur une superficie de 1 400 m², devient vite l’une des plus grandes salles de réunions publiques de Paris. Jusqu’à sa fermeture en 1916, le manège Saint-Paul est l’un des centres de la vie politique parisienne et nationale. Là où aujourd’hui, depuis peu, s’élève un gymnase en toile, c’est devant des milliers de personnes que les plus grandes figures politiques et les plus grands orateurs d’avant 1914, de Déroulède à Jaurès, ont prononcé leurs discours .

L’emplacement du manège

L’histoire du manège Saint-Paul s’inscrit d’abord dans celle d’un lieu, le quadrilatère formé par la rue Saint-Antoine, la rue Beautreillis, la rue Charles V et la rue Saint-Paul[3]. Jusqu’à la Révolution française, l’église Saint-Paul présentait sa façade rue Saint-Paul, au niveau actuel des numéros 28, 30 et 32, et le cimetière Saint-Paul, l’un des plus grands de Paris, occupait dans son prolongement un vaste terrain clôturé sur tout son pourtour par des charniers[4]. Continuer à lire … « Histoires de quartier… Le manège Saint-Paul »

Histoires de rue… L’alignement de la rue Beautreillis (fin)

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Le 27 rue Beautreillis, avant sa démolition (Bib. Ville de Paris)

Charbon et vins au n° 27

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les agents du cadastre, au cours de leurs passages, décrivent de la sorte l’immeuble du 27 rue Beautreillis[1] : « Cette propriété a son entrée par une porte d’allée. Elle consiste en un corps de logis sur rue, simple en profondeur », élevé sur caves doubles et voûtées en pierres, « d’un rez-de-chaussée, quatre étages carrés et le cinquième formant grenier. Construction en mauvais état, en moellons et pans de bois, desservie par un escalier peu facile ». Étroit, avec ses 8 mètres de façade à croisée unique sur 4 mètres de profondeur, l’immeuble se partage entre une boutique et de « très petites locations ». Jouxtant le côté gauche, une partie basse d’un niveau, « édifiée sur caves », est partagée avec la maison voisine[2].

Les travaux de restauration des façades et la reconstruction partielle des maisons des 25, 27 et 29 rue Beautreillis au début des années 1870[3] ont permis notamment la transformation des greniers en étages mansardés. La couverture de la maison est restée en tuiles. Au début du XXe siècle, les trois immeubles ne sont pas reliés à l’égout et la vidange du n° 27 se fait dans une fosse « commune avec les deux propriétés voisines ». « Au 5e étage, un couloir desservant l’immeuble [du n°] 29 pénètre dans les combles et dessert un WC appartenant au 29 ». « Le gaz n’existe que dans la boutique », où se trouve « le seul poste d’eau », mitoyen avec le n° 25. L’architecte-voyer note à cette époque que la « construction est en médiocre état et [que] l’entretien en est très négligé ».

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Histoires de rue… L’alignement de la rue Beautreillis (3)

image 1 Appelé au nom de la Commission du Vieux Paris qu’il préside à donner un avis sur la prochaine démolition des maisons situées 25, 27 et 29 rue Beautreillis, l’archiviste et historien de Paris Lucien Lambeau rend à la municipalité un rapport sommaire et un jugement sans appel[1]. « Au point de vue architectural, ces immeubles, quoique fort anciens, n’offrent que peu d’intérêt, soit à l’intérieur, soit à l’extérieur » écrit-il. Comme il est alors la règle dans le cas de  démolitions de bâtiments anciens, il propose que des reproductions photographiques soient faites, et donne même des indications précises pour la prise de vue. Ainsi « la haute et étroite façade » du n° 29 rue Beautreillis, « qui, sur la rue Saint-Antoine, porte le n° 45 […] devrait être prise de façon à obtenir l’immeuble dans toute sa hauteur sur la rue Saint-Antoine, depuis le rez-de-chaussée, encore muni d’une grille ancienne de marchand de vin, jusqu’au toit à pignon pointu ». C’est grâce à ces photographies qu’aujourd’hui nous conservons l’image de cette partie de la rue disparue au début du XXe siècle.

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Histoires de rue… L’alignement de la rue Beautreillis (2)

 

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Entrée de la rue Beautreillis, rue Saint-Antoine. Vue du n° 29, démoli en 1907 (voir notes )

En 1877, le Préfet de la Seine, Ferdinand Duval, dont une rue du 4e arrondissement honore aujourd’hui le nom, est destinataire d’une pétition[1] de « propriétaires d’immeubles situés rue Beautreillis ». Le sujet est « l’entrée de cette voie publique, du côté de la rue Saint-Antoine, [qui] n’a qu’une largeur totale de 4,10m, dont 1,25 m pour les deux trottoirs et 2,85 m pour la chaussée ». L’étranglement signalé « se prolonge sur une distance de 30,40 m. Il en résulte des dangers pour le passage des piétons ainsi qu’une extrême difficulté pour la circulation et le déchargement des voitures […] Un des résultats de ce déplorable état de chose, poursuivent les pétitionnaires, est la dépréciation progressive des immeubles qui bordent la rue et dont quelques-uns présentent une grande importance superficielle. Ils ont en effet à subir la concurrence des spacieux boulevards ouverts actuellement, et bien qu’ils aient fourni leurs contributions dans les ressources municipales, il ne leur a point été jusqu’à présent attribué une part proportionnelle dans les reliquats disponibles de ces ressources. » Continuer à lire … « Histoires de rue… L’alignement de la rue Beautreillis (2) »

Brèves de rue… Métro station Beautreillis

 

Métro Beautreillis 1

 

Et si vous, habitants de la rue, ou de celles d’à côté, alliez prendre votre métro au bout de la rue, côté Saint-Antoine, à la station Beautreillis, plutôt que de tracer un bon bout de chemin vers Saint-Paul ou Bastille ? Cela aurait pu être possible… En tout cas, le dossier a été plaidé et défendu il y a plus de cent ans.

Cinq ans après la mise en service de la ligne 1, Henri Galli, alors conseiller du 4e arrondissement, soumet au Conseil municipal de la Ville de Paris le 19 novembre 1905[1] la proposition de créer une nouvelle station sur cette ligne, à hauteur de la rue Beautreillis. Continuer à lire … « Brèves de rue… Métro station Beautreillis »