Histoires d’immeuble… Le 6 rue Beautreillis. 1 – Images d’une disparition.

Le portail de l’hôtel Raoul aujourd’hui.

Son portail et une horloge sont tout ce qui subsiste aujourd’hui de l’ancien Hôtel de Jean-Louis Raoul qui occupait l’emplacement du 6 rue Beautreillis. Il doit son nom au fabricant de limes qui l’occupa dans la première moitié du XIXe siècle et qui marqua ainsi sa propriété sur le fronton du porche. L’ancienne demeure, bâtie sur une construction plus ancienne au début du XVIIe siècle, a été remplacée au début des années 1960 par un immeuble moderne, fonctionnel et sans attrait, comme on en fit beaucoup à cette époque. L’histoire de l’hôtel disparu du 6 rue Beautreillis a déjà été écrite par Michel Cribier. Il lui a consacré un site très complet  (http://cribier.net/Hotel-Raoul/) et il se bat depuis de nombreuses années pour la sauvegarde du portail, en dépit d’une indifférence assez générale, notamment des diverses administrations chargées de la protection du patrimoine. Notre projet n’est donc pas de refaire l’étude de Michel Cribier, qui couvre largement tous les aspects de l’histoire de l’ancien hôtel et de ses occupants au fil des siècles, mais simplement d’ajouter des images et des histoires au sujet de cette demeure à partir de ce que nous avons pu glaner au fil de nos recherches sur la rue Beautreillis, ses maisons et les gens qui y vécurent.

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Histoires d’immeuble… Le 3 rue Beautreillis

Le début de la rue Beautreillis, compris entre la rue des Lions-Saint-Paul et le croisement avec la rue Charles V, a porté jusqu’en 1838 le nom de Gérard Beauquet [1]. Elle forme aujourd’hui un ensemble disparate avec, en son centre, le portail de l’ancien hôtel Raoul. Vestige abandonné en bord de trottoir et définitivement clos, il orne comme il peut au numéro 6 l’imposant immeuble qui, dans les années 1960, a remplacé l’ancien hôtel. Enserrée entre cette construction sans grâce et l’annexe de l’école Massillon élevée en 1933, proue de béton marquant l’entrée de la rue, subsiste la vieille demeure aux vantaux de bois clouté sise au n° 4.

Côté impair de cette portion de rue, deux anciennes maisons, aux numéros 1 et 7, encadrent deux immeubles plus contemporains. L’un d’eux, au n° 3, tout de briques revêtu, a été construit en retrait des immeubles voisins, conformément aux décrets d’alignement édictés au XIXe siècle. Il porte sur la façade sa date de construction : 1906, ainsi que le nom de son architecte, V. Tondu. Immeuble à la fois anonyme et tranchant par l’originalité de son parement dans le secteur, il a aussi son histoire, et nous allons tenter de la restituer au mieux.

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Histoires de quartier… La rue Neuve Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 12 – Le passage perdu.

Pour accéder au cimetière qui, derrière l’église Saint-Paul, occupait avant la Révolution une grande partie du quadrilatère formé par les rues Saint-Antoine, Beautreillis, Charles V et Saint-Paul, on pouvait emprunter le passage ouvert sur la rue Saint-Paul, ou alors celui qui partait de la rue Saint-Antoine[1].

Le premier, dénommé cul-de-sac ou passage Saint-Eloi, ou Saint-Pierre, longeait d’un côté le flanc nord de l’église et était bordé de l’autre par les bâtiments, adossés à la Grange Saint-Eloi, où « habitait le clergé de la paroisse »[2]. Le second passage avait pour origine une nouvelle entrée que les marguilliers de la paroisse de Saint-Paul avaient pu, grâce à une ordonnance royale en 1636, faire ouvrir sur le bas-côté nord de l’église, près du cimetière. Et de là, « pour la commodité des paroissiens d’icelle leur faciliter l’entrée d’une porte du costé de la rue Sainct Anthoine », ils avaient fait transformer en chaussée un « ruisseau », ou sorte de petit passage, qui allait en direction de cette rue. Nommé communément Saint-Paul[3], ce passage et l’autre venant de la rue Saint-Paul se rejoignaient en équerre sous une voûte où, en passant par une grille de fer, on pénétrait dans l’enceinte du cimetière que des charniers en maçonnerie ouvragée entouraient sur trois côtés.

Or, sur plusieurs plans de Paris publiés entre 1728 et 1775, un troisième passage ne portant pas de dénomination particulière est représenté.

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Histoires de quartier… La rue Neuve Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 11 – La percée vers la rue Beautreillis (3e partie)

(Enseigne 21 rue Beautreillis , photo coll. Carnavalet, détail)

La photographie de la façade sur rue de l’ancien immeuble du 21 rue Beautreillis révèle, pour reprendre le jugement de Lucien Lambeau[1], une construction « sans caractère ». Mais en ce début du XXe siècle, la propriété est à l’image de beaucoup des maisons du quartier, portant les traces de leur « occupation industrielle, commerciale et artisanale » et de l’ « exploitation maximale de [leur] superficie disponible, [qui] engendra la surélévation des bâtiments, la modification de la distribution intérieure originelle, la disparition des décors intérieurs, l’utilisation des cours et jardins »[2].

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Histoires de quartier… La rue Neuve Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 11 – La percée vers la rue Beautreillis (2e partie)

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L’immeuble disparu du 21 rue Beautreillis, situé à l’emplacement de l’actuel débouché de la rue Neuve-Saint-Pierre. Photographie prise en août 1912 (Coll. Musée Carnavalet).

Le 21 rue Beautreillis

Le 29 mars 1912, le Conseil municipal autorisait le Préfet de la Seine à « acquérir à l’amiable de Mme veuve Loron, l’immeuble 21 rue Beautreillis, moyennant le prix forfaitaire de 315 000 francs » en vue de l’ « ouverture d’une voie nouvelle sur l’emplacement du passage Saint-Pierre » [1]. Cette opération faisait suite au décret du 3 février 1912 déclarant d’utilité publique l’élargissement du passage Saint-Pierre et son prolongement jusqu’à la rue Beautreillis [2]. La vente de l’immeuble fut signée le 15 juin 1912 [3].

En décembre de la même année, sollicité à propos de sa démolition prochaine, Lucien Lambeau, secrétaire général de la Commission du Vieux-Paris, qualifiait l’immeuble de « petite construction sans caractère » et jugea qu’ « aucun objet n’[était] susceptible d’être conservé ». Il proposa toutefois qu’une photographie soit prise de la façade sur rue [4]. C’est là le seul témoignage visuel qui nous reste de la maison qui occupait alors ce qui correspond aujourd’hui au débouché sans grâce de la rue Neuve-Saint-Pierre sur la rue Beautreillis.

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Nouvelles…

Couverture n° 1
Couverture du premier volume de La Cité, années 1902-1903 (BnF – Gallica)

Comme tant de choses ici et là, les évènements survenus ces trois derniers mois ont en quelque sorte suspendu le récit entrepris ici depuis 2017. Pourtant l’ambition initiale, modeste mais tenace, reste entière, même si le rythme des publications s’est ralenti. Nous étant un peu éloignés de la rue Beautreillis il y a deux ans pour explorer l’ancien passage Saint-Pierre, disparu au début du XXe siècle, notre séjour en cette voie oubliée s’est prolongé. Nous n’en sommes pas encore tout à fait sortis, tant il y a à redécouvrir. Et nous n’avons pu entreprendre à ce jour que quelques excursions rue Saint-Paul et rue Saint-Antoine.

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Histoires de quartier… La rue Neuve Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 11 – La percée vers la rue Beautreillis (1ère partie)

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Source : Bibliothèque Forney

Lors de la séance du Conseil municipal du 7 novembre 1898[1], le conseiller Charles Vaudet dénonça l’autorisation donnée par l’administration départementale à l’extension du lavoir situé passage Saint-Pierre. La Commission d’hygiène du 4e arrondissement et la municipalité s’opposaient pourtant à ce projet et s’inquiétaient du risque de voir s’aggraver l’insalubrité d’une voie étroite où se côtoyaient école, crèche et habitat vétuste et où, en 1884, avait débuté une épidémie de choléra.

Réagissant à cette décision, Charles Vaudet mit alors les autorités préfectorales en demeure d’exécuter un vieux projet oublié, la décision ministérielle du 25 juin 1818 portant création de deux nouvelles rues ouvertes sur les deux portions confinées du passage Saint-Pierre. Le conseiller municipal rappelait que la partie des terrains nécessaires à ces tracés était grevée de réserves domaniales, faisant ainsi de la Ville la propriétaire du sol sur lequel pouvaient être percées les rues. Les propriétaires des maisons ou parties de maisons construites dessus n’ayant que l’usufruit du terrain, ils ne pourraient que se soumettre et les céder si la municipalité se décidait enfin à réaliser ces travaux.

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Histoires de quartier… La rue Neuve Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 10 – L’ouverture sur la rue Saint-Paul (5e partie)

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Les vestiges de l’ancien clocher de l’église Saint-Paul, à l’angle actuel de la rue Saint-Paul et de la rue Neuve-Saint-Pierre, tels qu’ils apparurent lors de la démolition du 34 rue Saint-Paul, en 1914 (Source : BHVP).

Automne 1913. Nous sommes au moment où la pioche du démolisseur va faire disparaître les maisons que nous avons visitées au cours des derniers mois. Les numéros 6 et 7 du passage Saint-Pierre sont déjà à terre et leurs voisines des numéros 2, 4, 9, 11 et 13 vont subir le même sort, comme rue Saint-Antoine les maisons des numéros 59, 63 et 65, et rue Saint-Paul, celles des numéros 34 et 36. La Commission du Vieux-Paris et son secrétaire, Lucien Lambeau, savaient ces immeubles susceptibles d’être « remplis de vestiges de l’antique cité », et ils ont accompagné ces travaux de démolition en effectuant des relevés et en collectant des objets intéressants pour les transférer au Musée Carnavalet. Surtout, en faisant faire des photographies des maisons condamnées, ils ont conservé pour l’avenir leur aspect et celui du quartier disparu.

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Histoires de quartier… La rue Neuve Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 10 – L’ouverture sur la rue Saint-Paul (4e partie)…

… ou comment, tardivement, nous avons découvert le plan d’architecte sans doute le plus ancien de l’entrée du passage Saint-Pierre, rue Saint-Paul.

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(Zoom possible ici)

Disponible et accessible sur le site du Musée Carnavalet, ce plan est daté du 15 fructidor an 4e de la République (1er septembre 1796). Ses auteurs sont deux architectes, Van Cléemputte[1] et Barbier[2] qui certifient ce plan comme « conforme aux déclarations indiquées dans les procès-verbaux » qu’ils ont dressés et joints. Ces documents furent probablement établis dans la perspective de la vente des deux maisons des numéros 34 et 36 rue Saint-Paul (numérotées 9 et 8 sur le plan, selon la numérotation en vigueur entre 1790 et 1805). En effet, nationalisées comme biens du clergé en même temps que les autres propriétés que possédait l’ancienne fabrique Saint-Paul, les « deux boutiques et dépendances au passage Saint-Pierre et Paul, n° 8 et 9 » furent vendues deux mois plus tard, le 29 brumaire an V (19 novembre 1796) aux citoyens Charles et François Laflèche [3].

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Histoires de quartier… La rue Neuve-Saint-Pierre et l’ancien passage Saint-Pierre. 10 – L’ouverture sur la rue Saint-Paul (3e partie)

boulangerLa boulangerie du 36 rue Saint-Paul

Mitoyenne de celle qui abrita  la pharmacie de la rue Saint-Paul, la maison qui portait le numéro 36[1] partagea son sort ; elle fut abattue en 1913 pour que la nouvelle voie tracée sur les décombres du passage Saint-Pierre pût déboucher librement rue Saint-Paul.

Cette maison fut d’abord, en 1808, la propriété de Marie-Philippe Guernet et de Marie Cagnard, son épouse. Ils la vendirent en août 1810 à Pierre Laurent, un marchand boucher, et sa femme, Anne Avizard, qui demeuraient un peu plus loin, au n° 42 de la rue[2]. Le boucher décéda en 1825, et après la mort de sa veuve, leurs enfants cédèrent la maison en 1836 à un maître-boulanger, Joseph Morel, qui tenait déjà une boulangerie dans la rue, au n° 39, juste en face. Si l’on en croit les annuaires et almanachs de l’époque, il semble avoir attendu dix ans avant de transférer son commerce dans sa nouvelle propriété [3], sans doute le temps de reconstruire la maison comme on le verra plus bas.

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