Histoires d’immeuble… Le 13 rue Beautreillis.

Le Double crime de la rue Beautreillis.

Le 20 août 1867, alors que Paris brillait sous les feux de l’Exposition universelle et brûlait sous un soleil ardent comme le rapportait La Presse

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on pouvait lire dans la rubrique des Nouvelles diverses du quotidien Le Constitutionnel, qui égrainait sans véritable ordonnance nominations à des décorations diverses, nouvelles politiques et mondaines, annonces de spectacles et résultats sportifs, le fait divers suivant :

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Le même jour, mais de façon plus sommaire, un autre quotidien, Le Siècle, rendait compte lui aussi de cet événement parmi les faits divers du jour.

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Le tragique de l’affaire était sans doute d’importance puisque le lendemain encore, 21 août, le journal Le Temps, journal sérieux plus porté sur les questions internationales et politiques que sur les crimes et délits, reprenait sans scrupules et textuellement au mot près, si ce n’est remplacer ce matin par hier matin, et sans le citer, l’article paru la veille dans Le Siècle.

La Presse, pourtant chiche dans ses colonnes en matière de faits divers, résumait elle aussi ce 21 août l’affaire dans sa rubrique Crimes et Accidents.

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C’est Le Petit Journal, qui faisait des faits divers plus que les nouvelles politiques son fonds de commerce, qui nous donne dans son édition du 21 août en page 3 et sur une colonne et demie tous les détails sur le « Double crime de la rue Beautreillis ». Un journaliste du quotidien, qui signe de l’initiale D., s’est visiblement déplacé sur les lieux et a longuement enquêté auprès des témoins, voisins et habitants de la rue pour rendre compte de l’affaire sans doute presque aussi bien qu’a pu le faire l’enquête de police.

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Ayant dressé le tableau des faits avec force détails et dans le style dramatique qui sied, le journaliste entend donner encore plus à ses lecteurs. Caractère des personnages, description des lieux, hypothèses et présomptions doivent finir de les entraîner en esprit sur les lieux du crime et les associer à l’enquête.

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Comme beaucoup de Parisiens de ce siècle, les époux Minatte étaient originaires de province et de ces régions à la fois pauvres et trop peuplées qui ont vu une partie de leur population passer d’une émigration saisonnière à une installation définitive dans les grandes villes pourvoyeuses de travail, et notamment Paris.

Le lavoir que fréquentait la dame Minatte était sans aucun doute celui qui existait au n°6 Passage Saint-Pierre-Saint-Paul (1), voie étroite et considérée comme insalubre qui depuis la rue Saint-Paul débouchait par un coude vers la rue saint-Antoine, et qui disparut lors du percement de la rue Neuve-Saint-Pierre au début du XXe siècle.

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Les Minatte en effet venaient juste de reprendre la boutique du 13 rue Beautreillis où s’étaient succédés au cours des années précédentes de nombreux marchands de vins : le sieur Rainaud, en 1858 et 1859, puis le sieur Nétiens jusqu’en 1863 ; un Bourdrel n’avait tenu que l’année 1864 avant de céder la place à M. Dittling de 1865 à 1867. Même si la demande et la consommation en vins et alcools étaient fortes, la concurrence devait être rude ; on comptait sept autres marchands de vins en gros ou au détail rue Beautreillis à la même époque. Proposer également des repas aux nombreux ouvriers qui travaillaient dans les ateliers et usines installés dans le quartier constituait sans doute un complément de revenu pour le couple. A cette époque, la rue Beautreillis comptait des établissements industriels d’importance, comme le fabriquant de papier-peint et papier de fantaisie Pechaubes, au n° 9, le miroitier Herminier, ou l’établissement Ballauff, Bureau et D’Hermanni, fabriquant de lampes et robinetterie, au n° 22, ou encore le fabriquant de papier à polir et de papiers et toiles verrés et émerisés Dumas-Frémy au n° 23. Des dizaines et des dizaines d’ouvriers et des artisans travaillaient dans ces ateliers ou dans leurs échoppes et pouvaient fréquenter la table du n° 13. D’autre part, l’exiguïté, l’indigence de nombreux logements, et souvent même l’absence d’endroit où y cuisiner obligeaient souvent les gens modestes à trouver au dehors et pour quelques sous leur repas.

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La boutique de marchand de vins des Minatte, « fermée pour cause de décès » n’est pas restée vide très longtemps, en dépit de ce numéro 13 «fatal ». Dès l’année suivante, en 1868, un certain Marchadiez y a repris le commerce de vins et l’a tenu jusqu’en 1873 avant que la boutique ne devienne une épicerie. Elle redevint par la suite un restaurant, et aujourd’hui, les menus ouvriers et les chopines de vin que proposaient les époux Minatte il y a cent-cinquante ans ont été remplacés par une excellente cuisine de fruits de mer et des cocktails exotiques.

 

(1) Annuaire-Almanach du commerce, de l’industrie, de la magistrature… Didot-Bottin, année 1864, Tome 1, p. 901. Les informations qui suivent sur les commerces sont tirées des éditions successives du Didot-Bottin. Les extraits de journaux proviennent de Gallica, bibliothèque numérique de la BnF.

 

 

 

 

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