
Un article récent publié dans le blog d’une association qui se consacre à la sauvegarde du Marais se félicitait d’une action d’ampleur enfin menée par les autorités municipales contre un phénomène qu’elle dénonce depuis longtemps : l’affichage sauvage qui pollue nombre de lieux du quartier et constitue le plus souvent, par l’effet d’accumulation et de répétition, une véritable agression visuelle.
L’histoire nous apprend pourtant que ces dérives de pratiques commerciales, et parfois politiques, ne datent pas d’hier. Les photographes de Paris de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle ont immortalisé ces murs et ces façades littéralement recouverts d’affiches. Et si aujourd’hui quelques-unes de ces réclames sont à juste titre considérées comme des chefs-d’œuvre de l’art de l’affiche, les autorités de l’époque n’avaient évidemment pas le recul nécessaire pour en apprécier la valeur.
Le 6 nivôse an V (26 décembre 1796), le citoyen Susse, « marchand de bois demeurant rue [Saint-] Julien-le-pauvre, n° 14 et 15 », quartier du Panthéon, achetait l’église Saint-Paul, désaffectée et devenue bien national, pour la somme de 43 200 francs. Il fit une bonne affaire puisque sa valeur avait été estimée à 500 000 francs. Depuis quelques mois seulement, le lieu était loué à la citoyenne Egresset, sans que l’on connaisse l’usage qu’elle en faisait
Reliant la rue Beautreillis à la rue Saint-Paul, la rue Neuve-Saint-Pierre n’est assurément pas la plus belle du quartier, il s’en faut de loin. Création récente, elle est constituée d’une succession disparate d’immeubles de toutes époques. Si elle garde une certaine cohérence côté Saint-Paul, la rue reste marquée à son débouché rue Beautreillis par l’éventrement brutal du bâti effectué lors de son percement en 1923. La démolition de l’hôtel qui occupait jusqu’alors le n° 21 rue Beautreillis a laissé découvert l’immense pignon de l’immeuble voisin, hideusement décoré il y a une trentaine d’années par des aplats géométriques de couleur ocre et orangée sur un mur de moellons d’où ressortent des moignons de poutres sciées. Peut-être faut-il voir dans ces ornements quasi-psychédéliques qui tranchent, qui jurent même avec le parfait classicisme post-haussmannienne de la façade, une sorte d’hommage raté à la mémoire de Jim Morrison, mort dans cet immeuble en 1971.
Au mois de mars 1898 ouvre au n° 30 rue Saint-Paul « un vaste établissement hippique et école d’équitation et de dressage ». Il se propose de « mettre le cheval à la portée de tous les jeunes gens et de toutes les jeunes femmes » 
Appelé au nom de la Commission du Vieux Paris qu’il préside à donner un avis sur la prochaine démolition des maisons situées 25, 27 et 29 rue Beautreillis, l’archiviste et historien de Paris Lucien Lambeau rend à la municipalité un rapport sommaire et un jugement sans appel


