Histoires d’immeuble… Le 17-19 rue Beautreillis – 4

L’aile gauche de l’hĂ´tel, en cours de dĂ©molition en 1902 (BHVP – 4-EPT-0178).

La mort le 1er mai 1899 de son propriĂ©taire[1], le vicomte de Flavigny, allait entraĂ®ner la disparition rapide de l’hĂ´tel du 17-19 rue Beautreillis. Le vieil aristocrate avait jusque-lĂ  su prĂ©server l’ancienne maison. Mais en un siècle, le quartier avait perdu son caractère rĂ©sidentiel au profit des entreprises artisanales et industrielles qui, progressivement, prenaient possession des vieilles demeures. Certes, Flavigny avait concĂ©dĂ© l’ouverture de boutiques sur la rue et quelques surĂ©lĂ©vations, mais les grands appartements de l’hĂ´tel continuaient d’être occupĂ©s par des locataires aisĂ©s et l’intĂ©gritĂ© du jardin de l’hĂ´tel, l’un des derniers subsistant dans le quartier, avait Ă©tĂ© sauvegardĂ©e. 

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Brèves de quartier… Retour sous la voĂ»te du passage Saint-Pierre, sujet d’un tableau d’Etienne Bouhot.

Le passage Saint-Pierre, aujourd’hui disparu, nous est essentiellement connu grâce à des photographies prises à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Témoignages essentiels de l’état du passage au moment où on entreprenait sa démolition, elles nous ont permis d’illustrer son histoire dans une série d’articles publiés sur ce site[1].

Au cours du XIXe siècle, peintres et dessinateurs avaient eux aussi pris le passage Saint-Pierre comme sujet, notamment Jules-Adolphe Chauvet (1828-1898), et en particulier le fameux passage voĂ»tĂ© par lequel on pĂ©nĂ©trait autrefois dans le cimetière Saint-Paul. Il Ă©tait placĂ© Ă  la rencontre des deux ruelles qui, venant l’une de la rue Saint-Antoine et l’autre de la rue Saint-Paul, formaient en Ă©querre le passage Saint-Pierre. Après la dĂ©saffection du cimetière et la dĂ©molition de l’église Saint-Paul durant la pĂ©riode rĂ©volutionnaire, le passage voĂ»tĂ©, surmontĂ© d’une maison, Ă©tait devenu au milieu du XIXe siècle l’entrĂ©e du grand lavoir construit sur le terrain de l’ancienne nĂ©cropole.

Au cours d’une visite au MusĂ©e des Beaux-arts de Rouen, un lecteur et ami[2] a remarquĂ© ce tableau d’Etienne Bouhot[3] reprĂ©sentant l’intĂ©rieur du passage voĂ»tĂ©, nous offrant ainsi l’occasion de le prĂ©senter pour complĂ©ter nos connaissances sur l’ancien passage Saint-Pierre. Le tableau est intitulĂ© Vue du cloĂ®tre de l’église Saint-Paul Ă  Paris, et il est datĂ© sur son cartel : « vers 1830 Â».

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Brève d’Ă©tĂ©… Le mystère de la rue Beautreillis.

Pour passer l’Ă©tĂ©, nous proposons ce petit conte, paru dans le journal satirique Le Philosophe dans son numĂ©ro du 23 octobre 1867. Il est signĂ© par un certain A. Brun, auteur dont nous ne savons rien. S’il relate une histoire qui se serait dĂ©roulĂ©e rue Beautreillis, on ne trouve nulle part ailleurs trace de ce charmant rĂ©cit. Il semble bien ĂŞtre sorti tout droit de l’imagination de son auteur, mais il dresse aussi, Ă  sa façon, le tableau d’une sociabilitĂ© disparue. C’est avec plaisir que nous proposons cet intermède.

Histoires d’immeuble… Le 17-19 rue Beautreillis – 3.

Vue du jardin et de la façade arrière de l’hĂ´tel peu avant les dĂ©molitions. Mais qui est donc ce vieil homme qui, assis sous les arbres, semble contempler ce qui bientĂ´t va disparaĂ®tre ? (Photo BHVP 4-EPN-00166).

Côté jardin.

Traversant le corps de bâtiment sur cour, un « long et large couloir […] qui n’[avait] pas moins de 14 mètres » conduisait vers le jardin du vieil hôtel des 17-19 rue Beautreillis alors sur le point d’être démoli[1]. Si le plan parcellaire de la première moitié du XIXe siècle révèle l’agencement de nombreuses pièces en rez-de-chaussée et la présence d’un puits, on y note pourtant aussi l’absence de ce couloir dont la sortie côté jardin est bien visible sur les photographies prises au début du XXe siècle.

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Histoires d’immeuble… Le 17-19 rue Beautreillis – 2.

Dans la cour de l’hĂ´tel, partie de l’aile droite et de l’arrière du bâtiment sur rue (BHVP).

Louis-Philippe-Gustave de Flavigny Renonsard, fils du vicomte Louis-Ange de Flavigny Renonsard (1785-1867), un ancien capitaine de cuirassiers sous la Restauration, chevalier de Malte et de la lĂ©gion d’honneur, et de Isidore-Marie-FĂ©licitĂ©-Joseph Walsh de Serrant, Ă©tait nĂ© Ă  Paris en 1815[1]. Rentier vivant de ses biens, notamment Ă  Mareuil-le-Port, dans la Marne, et en Picardie, il habitait rue Godot-de-Maurois, près de la Madeleine, et c’est lĂ  qu’il mourut en 1899[2].

Devenu propriĂ©taire des hĂ´tels rĂ©unis des 17 et 19 rue Beautreillis en 1868[3], le vicomte de Flavigny n’allait pas apporter de grandes transformations Ă  son nouveau bien. La vieille maison resta jusqu’à la fin du siècle essentiellement un immeuble de rapport dont les vastes appartements occupĂ©s par des locataires aisĂ©s ne furent pas divisĂ©s en multiples logements destinĂ©s Ă  une population ouvrière plus prĂ©caire. MĂŞme le jardin de la propriĂ©tĂ©, qui aurait pu disparaĂ®tre avec la construction de nouveaux bâtiments et ateliers, Ă  l’instar de ce qu’il advenait le plus souvent de ces terrains libres, fut respectĂ© et sauvegardĂ©. Le vicomte de Flavigny refusa mĂŞme que le sol du jardin, qui occupait l’emplacement de l’ancien cimetière Saint-Paul, puisse ĂŞtre sondĂ© par les curieux qui recherchaient la tombe du Masque de fer : « Laissons dormir les morts Â», disait-il[4].

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Brèves de quartier… Un mystĂ©rieux menu.

Dans le fonds de la Médiathèque Pierre Fanlac, à Périgueux, parmi une riche collection de documents portant sur la gastronomie et les arts culinaires, pour certains consultables sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, on trouve le mystérieux menu reproduit ici.

MystĂ©rieux car nous ne savons pas qui est celui qui fit Ă  ses invitĂ©s l’honneur de ce repas, ni Ă  quelle date il eut lieu, sinon que c’est sans doute au XIXe siècle, et après 1847. L’imprimeur du menu, Raffy, Ă©tait installĂ© rue de Turenne.

Les mets annoncés, on le voit immédiatement, sont d’abord une évocation explicite de notre quartier. Se succèdent au gré des plats les noms de rues, Charles V, Beautreillis, Petit-Musc, Jardins-Saint-Paul ; d’hôtel, celui, aujourd’hui disparu, de La Vieuville ; de monuments, l’Arsenal ou les Célestins. Mais ici et là aussi, des noms qui sont peut-être ceux des invités de ce repas, personnages qu’il est difficile aujourd’hui d’identifier. Ce Genouilhac est-il cet Henri Gourdon de Genouilhac (1826-1898) qui publia en 1860 un Recueil d’armoiries des maisons nobles de France, mais aussi des romans populaires et des pièces de théâtre ? Ce comte d’Aucourt est-il l’auteur du livre sur les Anciens hôtels de Paris, ceux de la rive gauche, paru en 1880 ? Celui qui invitait ainsi ses amis, et qui probablement habitait le quartier, était-il lui aussi un homme de lettres ?

Nous ne pourrions en dire plus…

Histoires d’immeuble… Le 17-19 rue Beautreillis – 1

La façade sur rue de l’hĂ´tel du 17-19 rue Beautreillis et son porche en 1902, peu avant sa dĂ©molition (Phot. BHVP).

L’immeuble qui nous occupe ici dénote parmi ceux qui composent la rue Beautreillis. Construit dans un style post-haussmannien avec ses balcons en encorbellement soutenus par des consoles à volute et ses linteaux ornés de guirlandes végétales, il se singularise de ses voisins, qu’ils soient hôtels du XVIIIe siècle, immeubles de rapport bâtis sous la Restauration, ou constructions plus tardives et  modernes aux sobres façades. La fin tragique dans ses murs du chanteur des Doors, Jim Morrison, en 1971, a par ailleurs conféré à cet immeuble une aura qui depuis perdure dans le monde entier et a transformé son pas de porte en étape obligée du parcours mémoriel que l’artiste disparu continue de susciter à Paris.

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Petit additif Ă  Histoires de quartier… La Maison des CĂ©lestins, ancien corps de garde du Port Saint-Paul.

Jean Roubier, phot. ( BHVP)

Sur cette photographie du quai des Célestins, prise vers 1950 depuis les berges de la Seine, sous le quai d’Anjou, l’angle de la prise de vue ne permet pas de voir la Maison des Célestins, située plus sur la gauche. Mais on remarque pourtant, à gauche de la rampe descendant du quai haut, un édifice bâti en bord de berge dans le prolongement de l’ancien corps de garde.

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Histoires de quartier… La Maison des CĂ©lestins, ancien corps de garde du Port Saint-Paul.

Les habitants du quartier et les nombreux promeneurs qui fréquentent les voies sur berges désormais dévolues aux piétons et aux vélos connaissent bien ce petit bâtiment adossé au quai des Célestins. Abandonné à partir des années 1960, quand les voitures se sont approprié la nouvelle voie Georges Pompidou, il est devenu après la fermeture de celle-ci à la circulation, un restaurant et un bistrot.

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Histoires d’immeuble… Le 23 rue Beautreillis, immeuble industriel (4)

L’immeuble dans l’entre-deux-guerre, alors qu’il est occupĂ© par les Ă©tablissements pharmaceutiques Goy. On notera que le dessinateur a augmentĂ© la largeur de la façade en ajoutant deux fenĂŞtres supplĂ©mentaires par Ă©tage aux six existantes . Façon sans doute de marquer la puissance de l’entreprise. (Catalogue des produits Goy. Bibliothèques d’UniversitĂ© de Paris. Bibliothèque numĂ©rique Medica)

RetirĂ© des affaires en 1854, François FrĂ©my avait confiĂ© la succession de sa fabrique de papier de verre de la rue Beautreillis Ă  son gendre, Charlemagne Dumas. Il conservait nĂ©anmoins la propriĂ©tĂ© de l’immeuble, acquis en 1851, oĂą depuis 1814 s’était dĂ©veloppĂ©e l’entreprise fondĂ©e par son père. Pour que celle-ci poursuive son activitĂ©, il avait alors concĂ©dĂ© Ă  Dumas un bail de « 15 ans 3 mois Â» pour l’ensemble du bâtiment contre un loyer annuel de 4800 francs[1] . Mais, nous l’avons vu, le vieil hĂ´tel du XVIIe siècle convenait de moins en moins Ă  une production en augmentation qui se mĂ©canisait et Ă  un personnel sans doute de plus en plus nombreux. En 1860, les ateliers de la fabrique commencèrent Ă  ĂŞtre transfĂ©rĂ©s dans une nouvelle manufacture, Ă  Ivry-sur-Seine, l’entreprise FrĂ©my conservant rue Beautreillis son siège social, oĂą Ă©taient convoquĂ©es les assemblĂ©es gĂ©nĂ©rales de ses actionnaires, ainsi qu’un dĂ©pĂ´t de vente[2].

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